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Histoire du Manitoba français / Histoire

Le Manitoba : une province bilingue

Après des années de concurrence acharnée, les deux grandes compagnies de traite des fourrures, la Compagnie de la Baie d’Hudson et la Compagnie du Nord-Ouest finissent par fusionner en 1821, en conservant le nom de la Compagnie de la Baie d’Hudson. En 1867 l’Acte de l’Amérique du Nord britannique est signé et le Canada devient alors un « dominion » britannique (confédération de provinces) regroupant le Québec, l’Ontario, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick. Afin d’asseoir sa puissance et de s’affirmer vis-à-vis des États-Unis, le jeune Canada acquerra, en 1869, la terre de Rupert, propriété de la Compagnie de la Baie d’Hudson.

Aveuglé par sa bonne affaire, le gouvernement canadien prend à la légère un problème qui deviendra crucial : celui des Métis de la rivière Rouge, un ancien comptoir de la Compagnie de la Baie d’Hudson, le Manitoba aujourd’hui. Descendants des aventuriers canadiens-français et des amérindiennes, les Métis sont les premiers défricheurs de la région, aux côtés des colons canadiens-français. Lors du rachat de la terre de Rupert, ils sont plusieurs milliers à partager leur existence entre les champs de blé et la chasse aux bisons. Sans demander leur avis, le gouvernement canadien envoie des arpenteurs qui repartagent leurs terres au profit des futurs colons anglophones de l’Ontario.

En 1869, la résistance s’organise autour de Louis Riel, un bouillant Métis de 25 ans. Grâce à lui, le Manitoba deviendra une province du Canada en 1870, avec des droits particuliers pour les Métis et les colons francophones qui composent alors 50 % de la population. Accusé du meurtre d’un Ontarien opposé à la rébellion, Riel s’exile aux États-Unis. À la suite du procès le plus controversé de l’histoire canadienne, Riel est pendu à Regina en 1885. Récemment encore, Louis Riel était considéré comme un traître par les anglophones, qui l’ont officiellement réhabilité en 1992. Il a cependant toujours été un héros aux yeux des Canadiens français.

Suppression des droits linguistiques

Malgré l’infériorité numérique des francophones et malgré les lois inconstitutionnelles de 1890 qui font de l’anglais la seule langue officielle de la province et qui suppriment les écoles confessionnelles, la francophonie manitobaine continue de se développer et de croître. Aux Métis et aux Canadiens français s’ajoutent des Français, des Belges et des Suisses venant de l’Europe francophone. En 1916, la communauté francophone se mobilise et fonde l’Association d’éducation des Canadiens français du Manitoba.

Vivant dans des paroisses rurales presque exclusivement francophones, ou à Saint-Boniface, un centre urbain francophone voisin de la capitale manitobaine, les francophones du Manitoba contrôlent, jusqu’aux années 1950, leur destin économique, éducatif, social et culturel.

Sur les traces de La Vérendrye, qui avait atteint le site actuel de Saint-Boniface en 1738, les premiers Européens à s'aventurer dans l'Ouest, au XVIIIe siècle, étaient des francophones. Ainsi, 150 ans avant la formation de l'actuel Manitoba, le territoire était jalonné de noms français : Fort Rouge, Fort LaReine, Fort Maurepas, Fort Dauphin, Fort Bourbon... Ces postes de traite de fourrures étaient animés par le va-et-vient annuel de coureurs de bois et de voyageurs qui, depuis le Bas-Canada, jetaient les bases d'une première nation francophone au Manitoba.

Fruit de l'établissement permanent de ces derniers au sein des communautés amérindiennes, la nation métisse s'est alors formée au confluent des rivières Rouge et Assiniboine. Elle s'est affirmée au milieu du XIXe siècle par sa résistance au monopole de la Compagnie de la Baie d'Hudson, puis au gouvernement canadien, pour se disperser ensuite dans l'Ouest canadien. La nation métisse s'est maintenue depuis en marge des autres populations de la région et distante de ses origines françaises.

La colonie de la Rivière-Rouge, fondée par les Métis, se consolidera avec l'aide de l'Église pour devenir un des principaux foyers de la vie française dans l'Ouest. Avec l'arrivée en 1818 des abbés Norbert Provencher et Sévère Dumoulin et de colons canadiens, la présence francophone s'ancre définitivement du côté est de la rivière Rouge à la hauteur de l'Assiniboine, avant de s'étendre à toute la future province. Saint-Boniface devient la « capitale » catholique et francophone de la colonie naissante de la Rivière-Rouge.

La francophonie manitobaine doit son développement aux mouvements migratoires qui s'amorcent dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Des francophones de plusieurs souches se sont alors installés au Manitoba : en majorité des Canadiens français, originaires du Québec et de l'Acadie, dont certains ont d'abord séjourné aux Etats-Unis, mais aussi des Français, des Belges et des Suisses.

La colonie de la Rivière-Rouge devient la province du Manitoba en 1870, à la suite d'un mouvement populaire et démocratique mené par Louis Riel. L'Acte du Manitoba, la constitution de la nouvelle province, reconnaît la dualité linguistique et culturelle de la nouvelle province. Le français et l'anglais sont sur un pied d'égalité au parlement provincial et devant les tribunaux. Entre 1870 et 1885, les francophones métis et canadiens deviennent cependant très rapidement minoritaires. L'immigration ontarienne et britannique dépasse, et de loin, le nombre d'immigrants francophones. Alors qu'ils forment plus de la moitié de la population en 1870, les francophones représentent seulement un peu plus de 10 % de la population manitobaine en 1886.

En 1890, la législature manitobaine fait de l'anglais la seule langue officielle de la province. À la même période, une loi qui abolit la dualité confessionnelle est adoptée. Si, après de longs démêlés, un certain enseignement dans une langue autre que l'anglais est toléré, tout compromis cesse en 1916, avec la Loi Thornton. La communauté francophone se mobilise et fonde l'Association d'éducation des Canadiens français du Manitoba. Le statut du français n'est rétabli qu'en 1979 et les francophones du Manitoba ne regagnent la gestion scolaire qu'en 1993. La Société de la francophonie manitobaine, créée en 1968 pour remplacer l'Association d'éducation des Canadiens français, est aujourd'hui l'organisme porte-parole officiel de la communauté francophone du Manitoba.

Une francophonie moderne

L’après-guerre transforme complètement la société manitobaine. L’exode menace l’existence de nombreuses communautés rurales. Les communautés francophones deviennent linguistiquement mixtes. Le pluralisme linguistique et culturel devient un élément incontournable de la nouvelle réalité.

Bâtissant sur les acquis de leur passé, les francophones du Manitoba relèvent les nouveaux défis posés par la société moderne. Juridiquement, le statut du français comme langue officielle au Manitoba est rétabli en 1979. La gestion de l’éducation en français langue première par les francophones du Manitoba est reconquise en 1993.

Le Manitoba offre à celles et ceux qui veulent s'en prévaloir, tout ce qui est nécessaire pour vivre normalement en français dans la plus ancienne province des Prairies.