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50e de la SFM / Articles

Les antécédents qui ont mené à la naissance de la SFM

6 décembre 2018

Avant 1968 …

Les antécédents plus lointains

Pour faire la boucle complète, il faut retourner jusqu’à 1916. C’est l’année de l’adoption de l’inique loi Thornton qui abolissait l’éducation française au Manitoba. Au lendemain de l’adoption de cette loi qui bafouait nos droits garantis lors de l’entrée du Manitoba dans la fédération canadienne, les Canadiens-français (c’était l’appellation du temps) se devaient de s’unir pour se protéger. C’est ainsi que naquit l’Association d’éducation des Canadiens-français du Manitoba.

Les récits contenus dans les annales du temps révèlent que des sentiments remarquables d’unité et d’identité régnaient au sein de la population francophone à l’époque partout dans la province. C’était d’ailleurs indispensable; il fallait travailler ensemble pour combattre les influences et les situations défavorables et pour préserver une langue et une culture distinctes. 

La pierre d’angle de ce combat et de cette action infatigable fut sans contredit, et cela pendant un demi-siècle, l’Association d’éducation des Canadiens-français du Manitoba. En effet, l’AECFM jouait le rôle d’un véritable ministère fantôme de l’éducation pour l’enseignement en français s’occupant de voir aux programmes, aux examens ainsi qu’à la formation et à la sélection des enseignants et des enseignantes. Ces besognes, l’AECFM devait en plus, s’en acquitter dans la quasi-clandestinité.

Mais voilà que peu de temps après les célébrations du cinquantenaire de l’Association d’éducation en 1966, le gouvernement manitobain reconnaît finalement le droit à l’enseignement en français à 50% et en assume lui-même la responsabilité. L’AECFM perdait donc en quelque sorte sa raison d’être. Par ailleurs, des vents nouveaux commençaient à souffler partout au Canada pour que le français reprenne doit de cité dans tous les secteurs de la vie canadienne. La commission Laurendeau-Dunton et le gouvernement fédéral qui l’avait mise sur pied avaient redonné espoir à la minorité francophone hors Québec.

Si les francophones étaient pour prendre leur place au soleil, cela n’allait toutefois pas se faire automatiquement. Il fallait se doter d’outils. Il fallait continuer de s’intéresser à l’éducation., bien sûr, mais il fallait désormais s’occuper aussi d’économie, de culture, de politique, etc.

Ces impératifs de la situation n’ont pas échappé au leadership de la communauté franco-manitobaine du temps. C’est ainsi que les antécédents plus immédiats à la création de la Société franco-manitobaine ont pu se déployer, disons très activement, tout au long de l’année 1968.

En 1968…

Les antécédents immédiats

En éducation la situation s’étaient donc radicalement transformée pratiquement du jour au lendemain. Par ailleurs, d’autres domaines nécessitant de l’attention interpellaient instamment. Les choses bouillonnaient et l’Association d’éducation des Canadiens-français du Manitoba s’en rendait bien compte. Elle s’en rendait tellement compte, en effet qu’elle en était venue à se remettre en question au point de changer de nom et de s’appeler « Association des Canadiens-français du Manitoba ». 

En marge de l’ACFM, quelques autres leaders de la communauté de l’époque ayant une vision rajeunie pour la collectivité franco-manitobaine avaient décidé de se mobiliser et avaient fondé, parallèlement à l’ACFM, une commission (voir la liste des membres à l’Annexe A). Cette commission s’était donné le mandat d’organiser une importante rencontre qui rassemblerait des délégués issus de toutes les communautés et de tous les organismes pour faire le point sur la situation de la langue français au Manitoba. Une équipe avait donc sillonné la province et avait organisé dans chaque paroisse des réunions pour choisir de délégués qui se rassembleraient à Saint-Boniface en juin. 

Tel que prévu, le Rallye du Manitoba français eut lieu les 7, 8 et 8 juin 1968. On y comptait cent douze délégués du Manitoba rural et cent vingt et un délégués de la région urbaine. 

Une grosse bouchée du travail à ce colloque se fit par le moyen de quatre ateliers : politique, culturel, social et économique. Les délégués répartis dans ces quatre ateliers prirent conscience de la masse de travail qu’il fallait effectuer dans chacun de ces secteurs. Une priorité émergea de ces discussions : il faudrait mettre sur pied un programme d’animation sociale afin « d’éveiller la masse apathique et la sensibiliser » (La liberté et le Patriote). 

Pour réaliser l’ambitieux programme qui se dessinait à l’horizon, il devenait évidement qu’un nouvel organisme se devait d’être créé. Les délégués conviennent d’élire la Commission des Dix (voir liste des membres dans l’Annexe A) dont le mandat serait justement d’établir les bases du nouvel organisme qui remplacerait l’Association d’éducation des Canadien-français du Manitoba. La commission est mise sur pied en juillet. Afin d’éviter que les forces ne se divisent, cinq représentants de l’ACFM sont invités à se joindre au rang des « dix » (voir liste…) pour constituer ensemble la COMMISSION DU RALLYE FRANCO-MANITOBAIN. 

La commission ne tarde pas à se mettre à l’œuvre. En effet, les réunions de la commission et de ses comités (économique, culturel, politique, éducation et constitution) se multiplient tout au long de l’été et de l’automne.

 Au Congrès-Rallye des 6, 7 et 8 décembre 1968, la commission présente une impressionnante documentation inspirée du Rallye de juin et ses propres travaux depuis ce temps. Cette documentation sert à alimenter les discussions du congrès. Les propositions de la Commission sont adoptées au congrès. Ainsi sont créés des « directorats » qui seront appelés à œuvrer dans chacun des secteurs jugés stratégiques pour la survie et l’épanouissement de la collectivité franco-manitobaine. Et surtout, une constitution est adoptée donnant naissance au nouvel organisme qui avait été en gestation depuis plusieurs mois : la Société franco-manitobaine. L’inauguration officielle du nouvel organisme est télévisée en direct; c’est une grosse affaire. L’honorable Gérard Pelletier Secrétaire d’État du Canada, y prononce un discours retentissant d’encouragement et d’assurance d’appui gouvernemental. L’occasion est mémorable. C’est dans une atmosphère de fête et de prudente confiance qu’est né le nouvel organisme des Canadiens-français. La Société franco-manitobaine prenait le flambeau porté si fièrement pendant plus d’un demi-siècle par l’Association d’éducation des Canadiens-français du Manitoba. Contrairement à cette dernière, cependant, la SFM, elle serait chargée de s’occuper non seulement d’éducation, mais aussi de tous les autres secteurs de la vie des Franco-manitobains, désormais perçus comme étant vitaux pour l’avenir de notre collectivité. 

 

Annexe A

LA « COMMISSION »

La « Commission » qui organisa le Rallye du Manitoba français de juin 1968 était composée de :

Maxime Désaulniers, Président
Armand Durreault, Secrétaire
Sœur Lorraine Préjet
Fernand Paquin
Hubert Gauthier
Hubert Préfontaine, Directeur technique

LA COMMISSION DES DIX 

Les délégués au Rallye du Manitoba français des 7, 8 et 9 juin 1968 avaient convenu d’élire la COMMISSION DES DIX dont le mandat était d’établir les bases du nouvel organisme qui remplacerait l’Association d’éducation des Canadiens-français du Manitoba. Les personnes élues pour constituer cette commission furent :

Représentants urbains :

Étienne Gaboury, Président
Michel Monnin, Vice-président
Antoine Gaborieau, Secrétaire
Laurent Desjardins
L’abbé Léo Beaulieu

Représentants ruraux :

Albert Vielfaure (La Broquerie)
Albert Lepage (Sainte-Anne)
René Toupin (La Salle)
Louis Molin (Île-des-Chênes)
Robert Lafrenière (Sainte-Anne)

LA COMMISSION DU RALLYE FRANCO-MANITOBAIN 

Cinq autres personnes représentant l’Association des Canadiens-français du Manitoba (1) furent invitées à se joindre aux « dix » pour former la COMMISSION DU RALLYE FRANCO-MANITOBAIN :

Représentants de l’A.C.F.M. :

Maurice Gauthier 
Rhéal Teffaine, Trésorier
Hubert Philippot
Fernand Marion
Fernand Paquin

1 - L’Association des Canadiens-français du Manitoba est le nom que porta brièvement l’Association d’éducation des canadiens-français du Manitoba avant d’être remplacée par la Société franco-manitobaine. C’était une manifestation de la volonté qui s’établissait d’étendre le champ d’action de l’organisme de façon plus large qu’au seul domaine de l’éducation. 

Auteur : Roger Legal

Source : Cahier spécial du 25e anniversaire de la SFM