Activités de la SFM

50e de la SFM / Articles

Une époque déterminante pour la santé en français

5 juin 2019

Dans les années 1990-2000, la question des soins de santé en français est devenue une priorité de la Société de la francophonie manitobaine (SFM). Plusieurs étapes décisives ont été franchies avec succès pour que des organismes comme le Centre de santé Saint-Boniface et Santé en français voient le jour, pour le mieux-être de la communauté d’aujourd’hui. 

Depuis qu’il est à la SFM, Daniel Boucher s’est beaucoup impliqué dans le dossier santé. Car à l’époque, bien qu’il existait une structure nationale, il n’y avait pas d’entité responsable des dossiers de santé en français au Manitoba. « On avait constaté que le dossier de la santé était une préoccupation au cœur de la vie de tous les francophones, raconte Daniel Boucher. On avait plusieurs atouts dans la communauté, mais il fallait travailler ensemble pour maximiser les services et pour que tout le monde ait une chance de développer des services en français dans leur région. »

La communauté s’était donc naturellement tournée vers la SFM et sa vision communautaire. L’organisme porte-parole a alors travaillé de près avec la Province et les institutions gouvernementales pour créer le Conseil communauté en santé (CCS) en 2004, qui est devenu par la suite Santé en français.

« Santé en français est vite devenu le porte-parole en santé et services sociaux en français dans la province, affirme Daniel Boucher. La SFM a mis le projet sur les rails, puis on a débarqué du train et le train a continué de rouler seul. Il roule encore aujourd’hui. Il y a encore beaucoup de travail à faire, mais on a les structures en place pour jouer un rôle important dans le secteur de la santé et des services sociaux. »

Ce tournant dans l’histoire des services de santé en français au Manitoba, Lorette Beaudry Ferland y a fortement contribué. En 1988, elle siégeait au conseil d’administration de l’Hôpital Saint-Boniface (HSB), avant d’en devenir coordonnatrice des services en français. Durant toute sa carrière, cette fière francophone s’est battue pour la création et le maintien de services en français, notamment dans le domaine de la santé.

« Le Bureau du secrétariat des services en français avait établi un comité pour étudier et discuter de la situation des services de santé en français, raconte-t-elle. Il était composé de la SFM et de représentants d’établissements de santé, dont l’HSB. Mon rôle était de voir comment on pouvait améliorer les services en français.

« Au début, certaines choses élémentaires ont été faciles à obtenir, par exemple des affiches bilingues et des traductions de textes. Mais le grand défi était d’avoir toujours du personnel bilingue. La langue est très importante dans le domaine de la santé. Il y a un lien entre les services dans la langue maternelle et la guérison. »

En 1992, suite au rapport Gauthier de 1989, est créé le Centre de ressources santé en français. Lorette Beaudry Ferland en devient la première directrice. « On travaillait étroitement avec l’HSB et les instances gouvernementales pour toujours améliorer les services en français dans le secteur de la santé. Beaucoup de choses ont été faites à ce moment-là. On continuait à se demander : qu’est-ce qui nous manque vraiment? C’était l’offre active : une clinique où les gens peuvent avoir directement accès aux services en français. »

Cette réflexion sur l’offre active a mené à la création du Centre de santé Saint-Boniface en 1999, avec trois parrains : les Sœurs Grises (repris aujourd’hui par la Corporation catholique de la santé du Manitoba), la SFM, et l’Université de Saint-Boniface afin d’assurer l’enseignement et la formation de professionnels de la santé en français.

Pour Lorette Beaudry Ferland, le rôle et l’appui de la SFM ont été essentiels. « La SFM a rempli son rôle de revendication jusqu’au bout. Elle a toujours été là pour faire valoir l’importance des services en français auprès des institutions gouvernementales et pour aider à trouver des solutions réalisables. En fin de compte, ces actions ont encouragé et valorisé les employés francophones qui travaillaient dans le milieu de la santé. »


 

Souvenirs d’une direction historique

2 mai 2019

Raymond Théberge est le Commissaire aux langues officielles du Canada depuis janvier 2018. Avant d’obtenir ses fonctions au niveau fédéral, ce « gars de Sainte-Anne » est passé par les bureaux de la Société de la francophonie manitobaine (SFM). Plus précisément, par celui du directeur général, poste qu’il a occupé de 1983 à 1985.

Raymond Théberge se souviendra toute sa vie de ses années de direction à la SFM, qui ont forgé son parcours de vie, pour toujours. En pleine période de crise linguistique, certaines actions ont été déterminantes pour l’avenir du Manitoba français. L’ancien directeur se rappelle de moments très forts, comme le grand rassemblement à Sainte-Anne, en septembre 1983. Plus de 3 000 francophones du Manitoba étaient présents. « On a vraiment vu le soutien de toute une communauté envers la SFM et envers son président de l’époque, Léo Robert. C’était un très beau moment de solidarité. » 

Raymond Théberge se souvient aussi du plébiscite sur les droits des francophones et de la victoire en Cour Suprême en 1985. C’était un moment historique pour le Manitoba français, qui était devenu un enjeu national, au cœur des médias du pays. « À l’époque, on n’était pas outillés pour affronter ce genre de mouvement, raconte Raymond Théberge. Mais on est restés debout face aux défis. Et on a fait beaucoup de chemin. Je suis fier de notre communauté et d’avoir été non seulement témoin, mais aussi acteur de cette page d’histoire franco-manitobaine. »

Photo : Réal Sabourin, Raymond Théberge et Ronald Gosselin le 13 juin 1985. C'est ce jour là que la Cour suprême du Canada a déclaré que toutes les lois de la province sont inconstitutionnelles puisqu’elles sont uniquement adoptées en anglais.


 

Le bien-aimé Bonspiel : bientôt 47 ans!

5 avril 2019

Du 5 au 6 avril 2019 se déroulera le 47e Bonspiel de la francophonie manitobaine. Depuis ses débuts, cet évènement sportif a bien grandi, mais garde le même esprit : se rassembler autour d’une activité de loisir en français, tout en s’amusant.

Pourquoi le curling? Tout simplement parce que c’est un sport d’hiver communautaire et populaire. Quoi de mieux pour tisser des liens et démontrer le dynamisme de nos communautés! 

D’ailleurs, depuis sa création, le Bonspiel a permis à la SFM de se rendre présente là où vivent les gens. De 1973 à 1984, le village hôte était Notre-Dame-de-Lourdes. De 1985 à 2007, de nombreux villages francophones du Manitoba ont accueilli le Bonspiel, de Sainte-Anne-des-Chênes à Lorette, en passant par Saint-Pierre-Jolys ou bien Otterburne. 

En 1991, le Bonspiel annuel de la Société franco-manitobaine devient le Bonspiel de la francophonie, que l’on connaît bien aujourd’hui.

Et puis, en 2008, l’organisation du Bonspiel de la francophonie est remise entre les mains du Directorat de l’activité sportive du Manitoba (DAS). « C’est en 2006 que le DAS a été créé, raconte Myriam Leclercq, coordonnatrice des communications de la SFM. Le sport étant son domaine d’expertise, de plus en français. Il a donc semblé être le parfait organisme pour prendre le relais en 2008. L’atmosphère reste la même : les gens célèbrent leur francophonie autour d’une activité communautaire, et en s’amusant. »

Photo : Équipe gagnante de l’épreuve 2 en 1993 : Georges Druwé, Louis Druwé, Lucie Gosselin-Rodrigue, Simone Druwé


 

Les souvenirs de Maria Chaput

8 mars 2019

Avant d’être la première femme franco-manitobaine à siéger au sénat canadien, Maria Chaput est passée par la Société de la francophonie manitobaine (SFM). Elle se souvient notamment d’une équipe formidable et des débuts du développement communautaire.

C’était en 1990. Après six ans au Centre culturel franco-manitobain, Maria Chaput rejoint l’équipe de la SFM en tant qu’adjointe à la direction. « Je voulais faire ma part pour notre Société de la francophonie manitobaine. Ces années-là, on travaillait à augmenter notre présence au rural. Les communautés des villages avaient besoin de notre aide. C’est de là qu’est venu le projet d’agent de développement communautaire. »

Dès son arrivée à la SFM, une chose lui a sauté aux yeux : le travail acharné d’une équipe engagée. « Pas que j’avais un doute, mais j’ai tout de suite vu une équipe exceptionnelle. Tous les employés avaient à cœur les besoins de la communauté. Ils travaillaient très fort, ils ne comptaient pas leurs heures. La loyauté des gens qui travaillent à la SFM, ça c’est quelque chose de précieux. »

Pour Maria Chaput, ces années riment surtout avec « revendication ». Et à ses yeux, cette réalité est toujours actuelle, plus que jamais. « Si on ne revendique pas, si on ne parle pas, on est oubliés. C’est aussi simple que ça. Notre organisme porte-parole est là pour ça et doit continuer cette mission, de façon proactive. J’ai confiance qu’on est sur le bon chemin. »


 

L'incendie de 1983

30 janvier 2019

Dans la foulée des graffitis anti-francophones sur des édifices de Saint-Boniface, et au beau milieu de la crise constitutionnelle de 1983, les locaux de la SFM au 194 boulevard Provencher ont été incendiés le 30 janvier 1983. Avant que les pompiers ne puissent agir efficacement, l’édifice fut rasé complètement. Les dégâts s’élevaient à 100 000$. 

Trois jours après l’incendie l’équipe de la Société franco-manitobaine avait négocié une entente avec le Collège universitaire de Saint-Boniface et installa ses bureaux au 200, avenue de la Cathédrale. 

Les employés de la SFM ont perdu toutes leurs ressources techniques et leur documentation dans l’incendie. Les seuls documents récupérables étaient les archives de la Société depuis 1968, qui, étant conservés dans une voûte, ont été épargnés par le feu, mais partiellement endommagés par la fumée.

Puisque la SFM avait besoin de nouveau bureau permanent suite au feu et suite aux réactions de la communauté francophone manitobaine et canadienne, le rêve de plusieurs francophones qui était d’avoir une Maison franco-manitobaine regroupant sous un même toit divers organismes francophones se réalisa.  


 

Les antécédents qui ont mené à la naissance de la SFM

6 décembre 2018

Avant 1968 …

Les antécédents plus lointains

Pour faire la boucle complète, il faut retourner jusqu’à 1916. C’est l’année de l’adoption de l’inique loi Thornton qui abolissait l’éducation française au Manitoba. Au lendemain de l’adoption de cette loi qui bafouait nos droits garantis lors de l’entrée du Manitoba dans la fédération canadienne, les Canadiens-français (c’était l’appellation du temps) se devaient de s’unir pour se protéger. C’est ainsi que naquit l’Association d’éducation des Canadiens-français du Manitoba.

Les récits contenus dans les annales du temps révèlent que des sentiments remarquables d’unité et d’identité régnaient au sein de la population francophone à l’époque partout dans la province. C’était d’ailleurs indispensable; il fallait travailler ensemble pour combattre les influences et les situations défavorables et pour préserver une langue et une culture distinctes. 

La pierre d’angle de ce combat et de cette action infatigable fut sans contredit, et cela pendant un demi-siècle, l’Association d’éducation des Canadiens-français du Manitoba. En effet, l’AECFM jouait le rôle d’un véritable ministère fantôme de l’éducation pour l’enseignement en français s’occupant de voir aux programmes, aux examens ainsi qu’à la formation et à la sélection des enseignants et des enseignantes. Ces besognes, l’AECFM devait en plus, s’en acquitter dans la quasi-clandestinité.

Mais voilà que peu de temps après les célébrations du cinquantenaire de l’Association d’éducation en 1966, le gouvernement manitobain reconnaît finalement le droit à l’enseignement en français à 50% et en assume lui-même la responsabilité. L’AECFM perdait donc en quelque sorte sa raison d’être. Par ailleurs, des vents nouveaux commençaient à souffler partout au Canada pour que le français reprenne doit de cité dans tous les secteurs de la vie canadienne. La commission Laurendeau-Dunton et le gouvernement fédéral qui l’avait mise sur pied avaient redonné espoir à la minorité francophone hors Québec.

Si les francophones étaient pour prendre leur place au soleil, cela n’allait toutefois pas se faire automatiquement. Il fallait se doter d’outils. Il fallait continuer de s’intéresser à l’éducation., bien sûr, mais il fallait désormais s’occuper aussi d’économie, de culture, de politique, etc.

Ces impératifs de la situation n’ont pas échappé au leadership de la communauté franco-manitobaine du temps. C’est ainsi que les antécédents plus immédiats à la création de la Société franco-manitobaine ont pu se déployer, disons très activement, tout au long de l’année 1968.

En 1968…

Les antécédents immédiats

En éducation la situation s’étaient donc radicalement transformée pratiquement du jour au lendemain. Par ailleurs, d’autres domaines nécessitant de l’attention interpellaient instamment. Les choses bouillonnaient et l’Association d’éducation des Canadiens-français du Manitoba s’en rendait bien compte. Elle s’en rendait tellement compte, en effet qu’elle en était venue à se remettre en question au point de changer de nom et de s’appeler « Association des Canadiens-français du Manitoba ». 

En marge de l’ACFM, quelques autres leaders de la communauté de l’époque ayant une vision rajeunie pour la collectivité franco-manitobaine avaient décidé de se mobiliser et avaient fondé, parallèlement à l’ACFM, une commission (voir la liste des membres à l’Annexe A). Cette commission s’était donné le mandat d’organiser une importante rencontre qui rassemblerait des délégués issus de toutes les communautés et de tous les organismes pour faire le point sur la situation de la langue français au Manitoba. Une équipe avait donc sillonné la province et avait organisé dans chaque paroisse des réunions pour choisir de délégués qui se rassembleraient à Saint-Boniface en juin. 

Tel que prévu, le Rallye du Manitoba français eut lieu les 7, 8 et 8 juin 1968. On y comptait cent douze délégués du Manitoba rural et cent vingt et un délégués de la région urbaine. 

Une grosse bouchée du travail à ce colloque se fit par le moyen de quatre ateliers : politique, culturel, social et économique. Les délégués répartis dans ces quatre ateliers prirent conscience de la masse de travail qu’il fallait effectuer dans chacun de ces secteurs. Une priorité émergea de ces discussions : il faudrait mettre sur pied un programme d’animation sociale afin « d’éveiller la masse apathique et la sensibiliser » (La liberté et le Patriote). 

Pour réaliser l’ambitieux programme qui se dessinait à l’horizon, il devenait évidement qu’un nouvel organisme se devait d’être créé. Les délégués conviennent d’élire la Commission des Dix (voir liste des membres dans l’Annexe A) dont le mandat serait justement d’établir les bases du nouvel organisme qui remplacerait l’Association d’éducation des Canadien-français du Manitoba. La commission est mise sur pied en juillet. Afin d’éviter que les forces ne se divisent, cinq représentants de l’ACFM sont invités à se joindre au rang des « dix » (voir liste…) pour constituer ensemble la COMMISSION DU RALLYE FRANCO-MANITOBAIN. 

La commission ne tarde pas à se mettre à l’œuvre. En effet, les réunions de la commission et de ses comités (économique, culturel, politique, éducation et constitution) se multiplient tout au long de l’été et de l’automne.

 Au Congrès-Rallye des 6, 7 et 8 décembre 1968, la commission présente une impressionnante documentation inspirée du Rallye de juin et ses propres travaux depuis ce temps. Cette documentation sert à alimenter les discussions du congrès. Les propositions de la Commission sont adoptées au congrès. Ainsi sont créés des « directorats » qui seront appelés à œuvrer dans chacun des secteurs jugés stratégiques pour la survie et l’épanouissement de la collectivité franco-manitobaine. Et surtout, une constitution est adoptée donnant naissance au nouvel organisme qui avait été en gestation depuis plusieurs mois : la Société franco-manitobaine. L’inauguration officielle du nouvel organisme est télévisée en direct; c’est une grosse affaire. L’honorable Gérard Pelletier Secrétaire d’État du Canada, y prononce un discours retentissant d’encouragement et d’assurance d’appui gouvernemental. L’occasion est mémorable. C’est dans une atmosphère de fête et de prudente confiance qu’est né le nouvel organisme des Canadiens-français. La Société franco-manitobaine prenait le flambeau porté si fièrement pendant plus d’un demi-siècle par l’Association d’éducation des Canadiens-français du Manitoba. Contrairement à cette dernière, cependant, la SFM, elle serait chargée de s’occuper non seulement d’éducation, mais aussi de tous les autres secteurs de la vie des Franco-manitobains, désormais perçus comme étant vitaux pour l’avenir de notre collectivité. 

 

Annexe A

LA « COMMISSION »

La « Commission » qui organisa le Rallye du Manitoba français de juin 1968 était composée de :

Maxime Désaulniers, Président
Armand Durreault, Secrétaire
Sœur Lorraine Préjet
Fernand Paquin
Hubert Gauthier
Hubert Préfontaine, Directeur technique

LA COMMISSION DES DIX 

Les délégués au Rallye du Manitoba français des 7, 8 et 9 juin 1968 avaient convenu d’élire la COMMISSION DES DIX dont le mandat était d’établir les bases du nouvel organisme qui remplacerait l’Association d’éducation des Canadiens-français du Manitoba. Les personnes élues pour constituer cette commission furent :

Représentants urbains :

Étienne Gaboury, Président
Michel Monnin, Vice-président
Antoine Gaborieau, Secrétaire
Laurent Desjardins
L’abbé Léo Beaulieu

Représentants ruraux :

Albert Vielfaure (La Broquerie)
Albert Lepage (Sainte-Anne)
René Toupin (La Salle)
Louis Molin (Île-des-Chênes)
Robert Lafrenière (Sainte-Anne)

LA COMMISSION DU RALLYE FRANCO-MANITOBAIN 

Cinq autres personnes représentant l’Association des Canadiens-français du Manitoba (1) furent invitées à se joindre aux « dix » pour former la COMMISSION DU RALLYE FRANCO-MANITOBAIN :

Représentants de l’A.C.F.M. :

Maurice Gauthier 
Rhéal Teffaine, Trésorier
Hubert Philippot
Fernand Marion
Fernand Paquin

1 - L’Association des Canadiens-français du Manitoba est le nom que porta brièvement l’Association d’éducation des canadiens-français du Manitoba avant d’être remplacée par la Société franco-manitobaine. C’était une manifestation de la volonté qui s’établissait d’étendre le champ d’action de l’organisme de façon plus large qu’au seul domaine de l’éducation. 

Auteur : Roger Legal

Source : Cahier spécial du 25e anniversaire de la SFM