Histoire du Manitoba français
Histoire
Sur les traces de La Vérendrye, qui avait atteint le site actuel de Saint-Boniface en 1738, les premiers Européens à s'aventurer dans l'Ouest, au XVIIIe siècle, étaient des francophones. Ainsi, 150 ans avant la formation de l'actuel Manitoba, le territoire était jalonné de noms français : Fort Rouge, Fort LaReine, Fort Maurepas, Fort Dauphin, Fort Bourbon... Ces postes de traite de fourrures étaient animés par le va-et-vient annuel de coureurs de bois et de voyageurs qui, depuis le Bas-Canada, jetaient les bases d'une première nation francophone au Manitoba.
Fruit de l'établissement permanent de ces derniers au sein des communautés amérindiennes, la nation métisse s'est alors formée au confluent des rivières Rouge et Assiniboine. Elle s'est affirmée au milieu du XIXe siècle par sa résistance au monopole de la Compagnie de la Baie d'Hudson, puis au gouvernement canadien, pour se disperser ensuite dans l'Ouest canadien. La nation métisse s'est maintenue depuis en marge des autres populations de la région et distante de ses origines françaises.
La colonie de la Rivière-Rouge, fondée par les Métis, se consolidera avec l'aide de l'Église pour devenir un des principaux foyers de la vie française dans l'Ouest. Avec l'arrivée en 1818 des abbés Norbert Provencher et Sévère Dumoulin et de colons canadiens, la présence francophone s'ancre définitivement du côté est de la rivière Rouge à la hauteur de l'Assiniboine, avant de s'étendre à toute la future province. Saint-Boniface devient la capitale catholique et francophone de la colonie naissante de la Rivière-Rouge.
La francophonie manitobaine doit son développement aux mouvements migratoires qui s'amorcent dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Des francophones de plusieurs souches se sont alors installés au Manitoba : en majorité des Canadiens français, originaires du Québec et de l'Acadie, dont certains ont d'abord séjourné aux Etats-Unis, mais aussi des Français, des Belges et des Suisses.
La colonie de la Rivière-Rouge devient la province du Manitoba en 1870, à la suite d'un mouvement populaire et démocratique mené par Louis Riel. L'Acte du Manitoba, la constitution de la nouvelle province, reconnaît la dualité linguistique et culturelle de la nouvelle province. Le français et l'anglais sont sur un pied d'égalité au parlement provincial et devant les tribunaux. Entre 1870 et 1885, les francophones métis et canadiens deviennent cependant très rapidement minoritaires. L'immigration ontarienne et britannique dépasse, et de loin, le nombre d'immigrants francophones. Alors qu'ils forment plus de la moitié de la population en 1870, les francophones représentent seulement un peu plus de 10 % de la population manitobaine en 1886.
En 1890, la législature manitobaine fait de l'anglais la seule langue officielle de la province. À la même période, une loi qui abolit la dualité confessionnelle est adoptée. Si, après de longs démêlés, un certain enseignement dans une langue autre que l'anglais est toléré, tout compromis cesse en 1916, avec la Loi Thornton. La communauté francophone se mobilise et fonde l'Association d'éducation des Canadiens français du Manitoba. Le statut du français n'est rétabli qu'en 1979 et les francophones du Manitoba ne regagnent la gestion scolaire qu'en 1993. La Société franco-manitobaine, créée en 1968 pour remplacer l'Association d'éducation des Canadiens français, est aujourd'hui l'organisme porte-parole officiel de la communauté francophone du Manitoba.
Source: FCFA
Histoire du Manitoba :
Après des années de concurrence acharnée, les deux grandes compagnies de traite des fourrures, la Compagnie de la Baie d’Hudson et la Compagnie du Nord-Ouest finissent par fusionner en 1821, en conservant le nom de la Compagnie de la Baie d’Hudson. En 1867 l’Acte de l’Amérique du Nord britannique est signé et le Canada devient alors un « dominion » britannique (confédération de provinces) regroupant le Québec, l’Ontario, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick. Afin d’asseoir sa puissance et de s’affirmer vis-à-vis des États-Unis, le jeune Canada acquerra, en 1869, la terre de Rupert, propriété de la Compagnie de la Baie d’Hudson.
Aveuglé par sa bonne affaire, le gouvernement canadien prend à la légère un problème qui deviendra crucial : celui des Métis de la rivière Rouge, un ancien comptoir de la Compagnie de la Baie d’Hudson, le Manitoba aujourd’hui. Descendants des aventuriers canadiens-français et des amérindiennes, les Métis sont les premiers défricheurs de la région, aux côtés des colons canadiens-français. Lors du rachat de la terre de Rupert, ils sont plusieurs milliers à partager leur existence entre les champs de blé et la chasse aux bisons. Sans demander leur avis, le gouvernement canadien envoie des arpenteurs qui repartagent leurs terres au profit des futurs colons anglophones de l’Ontario.
En 1869, la résistance s’organise autour de Louis Riel, un bouillant Métis de 25 ans. Grâce à lui, le Manitoba deviendra une province du Canada en 1870, avec des droits particuliers pour les Métis et les colons francophones qui composent alors 50 % de la population. Accusé du meurtre d’un Ontarien opposé à la rébellion, Riel s’exile aux États-Unis. À la suite du procès le plus controversé de l’histoire canadienne, Riel est pendu à Regina en 1885. Récemment encore, Louis Riel était considéré comme un traître par les anglophones, qui l’ont officiellement réhabilité en 1992. Il a cependant toujours été un héros aux yeux des Canadiens français.
Histoire du Manitoba français:
Dès le XVIIIe siècle, coureurs des bois, pelletiers et voyageurs canadiens-français, utilisant la route tracée par La Vérendrye durant les années 1730, se rendent dans l’Ouest canadien. Devenus « hommes libres », ces voyageurs et leur conjointe amérindienne élisent domicile dans l’Ouest, donnant ainsi naissance à un nouveau peuple, les Métis de l’Ouest canadien.
Avec l’arrivée des abbés Norbert Provencher et Sévère Dumoulin en 1818, et de colons canadiens, la présence francophone s’ancre définitivement du côté est de la rivière Rouge à la hauteur de l’Assiniboine, avant de s’étendre à toute la future province. Saint-Boniface est la « capitale » catholique et francophone de la colonie naissante de la Rivière-Rouge.
Le Manitoba : une province bilingue
La colonie de la Rivière-Rouge devient la province du Manitoba en 1870, suite à un mouvement populaire et démocratique mené par Louis Riel. L’Acte du Manitoba, la constitution de la nouvelle province, reconnaît la dualité linguistique et culturelle de la nouvelle province. Le français et l’anglais sont sur un pied d’égalité au Parlement provincial et devant les tribunaux.
Entre 1870 et 1885, les francophones métis et canadiens deviennent très rapidement une minorité. L’immigration ontarienne et britannique dépasse, et de loin, le nombre de francophones venant du Québec et de la Nouvelle-Angleterre. Formant plus de la moitié de la population en 1870, les francophones représentent seulement un peu plus de 10 % de la population manitobaine en 1886.
Suppression des droits linguistiques
Malgré l’infériorité numérique des francophones et malgré les lois inconstitutionnelles de 1890 qui font de l’anglais la seule langue officielle de la province et qui suppriment les écoles confessionnelles, la francophonie manitobaine continue de se développer et de croître. Aux Métis et aux Canadiens français s’ajoutent des Français, des Belges et des Suisses venant de l’Europe francophone. En 1916, la communauté francophone se mobilise et fonde l’Association d’éducation des Canadiens français du Manitoba.
Vivant dans des paroisses rurales presque exclusivement francophones, ou à Saint-Boniface, un centre urbain francophone voisin de la capitale manitobaine, les Franco-Manitobains contrôlent, jusqu’aux années 1950, leur destin économique, éducatif, social et culturel.
Une francophonie moderne
L’après-guerre transforme complètement la société manitobaine. L’exode menace l’existence de nombreuses communautés rurales. Les communautés francophones deviennent linguistiquement mixtes. Le pluralisme linguistique et culturel devient un élément incontournable de la nouvelle réalité.
Bâtissant sur les acquis de leur passé, les Franco-Manitobains relèvent les nouveaux défis posés par la société moderne. Juridiquement, le statut du français comme langue officielle au Manitoba est rétabli en 1979. La gestion de l’éducation en français langue première par les Franco-Manitobains est reconquise en 1993.
La Société franco-manitobaine, créée en 1968, est aujourd’hui l’organisme porte-parole officiel de la communauté francophone du Manitoba.
Quelques dates
| 1738 | L’explorateur La Vérendrye atteint le site actuel de Saint-Boniface. |
| 1818 | Fondation permanente de l’Église catholique dans l’Ouest canadien. Le Collège universitaire de Saint-Boniface a été fondé. |
| 1844 | Arrivée des Sœurs Grises de Montréal à Saint-Boniface. Elles œuvreront principalement dans le domaine de l’éducation et de la santé. |
| 1867 | Confédération du Canada. |
| 1870 | Louis Riel et son gouvernement provisoire négocient l’entrée du Manitoba dans la Confédération canadienne. La loi de 1870 sur le Manitoba stipule que la province est bilingue aux niveaux législatif et juridique. |
| 1871 | Fondation de l’Hôpital général Saint-Boniface. |
| 1883 | Création du village (ou de la ville comme on disait à l’époque) de Saint-Boniface, le premier gouvernement municipal urbain francophone au Manitoba. |
| 1890 | La législature du Manitoba supprime la langue française comme langue officielle de la province. |
| 1913 | Fondation du journal La Liberté (à l'époque La Liberté et le Patriote). |
| 1916 | La loi Thornton abolit l’éducation en français. Création de l’Association d’Éducation des Canadiens français du Manitoba (A.É.C.F.M.) pour lutter en faveur des droits scolaires. |
| 1925 | Fondation du Cercle Molière. |
| 1946 | CKSB, une radio créée par les dons de francophones du Manitoba, entre en ondes le 27 mai. |
| 1947 | Fondation de l’Ensemble folklorique de la Rivière-Rouge. |
| 1955 | On autorise l’enseignement du français de la 4e à la 6e année. |
| 1967 | Restitution partielle du droit d’enseigner en français. |
| 1968 | Fondation de la Société franco-manitobaine, qui remplace l’A.É.C.F.M., mais avec un mandat plus étoffé. |
| 1969 | Adoption de la Loi sur les langues officielles. |
| 1970 | Le français reprend la place qu’il avait occupée avant 1916 comme langue d’enseignement, sur un pied d’égalité avec l’anglais. |
| 1974 | Fondation des Éditions du Blé. |
| 1978 | Création de la Fédération provinciale des comités de parents. |
| 1979 | La loi de 1890 abolissant le français est jugée inconstitutionnelle par la Cour suprême du Canada. Fondation des Éditions des Plaines. |
| 1980 | Dévoilement du drapeau franco-manitobain choisi lors d’un concours provincial organisé par le Conseil jeunesse provincial. |
| 1980 | Création du Secrétariat des services en langue française du gouvernement du Manitoba. |
| 1982 | Rapatriement de la constitution canadienne et adoption de la Charte canadienne des droits et libertés. Les minorités de langues officielles se voient garantir la gestion de leurs écoles dans leur langue maternelle. |
| 1985 | La Cour suprême du Canada déclare que toutes les lois de la province sont inconstitutionnelles puisqu’elles sont uniquement adoptées en anglais. |
| 1991 | Mise en ondes de la radio Envol 91,1 FM. |
| 1992 | Adoption de la Partie III de la loi sur la Ville de Winnipeg établissant les services municipaux en français. Le gouvernement du Canada reconnaît le rôle unique et historique de Louis Riel à titre de fondateur du Manitoba. |
| 1993 | La Cour suprême du Canada affirme que la Charte des droits et libertés garantit aux Franco-Manitobains la gestion de leurs écoles françaises. |
| 1994 | Mise sur pied de la Division scolaire franco-manitobaine no. 49 avec ses 22 écoles. Signature de la première Entente Canada-communauté franco-manitobaine. |
| 1996 | Fondation du Conseil de développement économique des municipalités bilingues du Manitoba. |
| 1998 | Établissement d’un plan de développement global pour la communauté franco-manitobaine. Dépôt du rapport et des recommandations sur les services en français au sein du gouvernement du Manitoba (rapport Chartier). |
| 1999 | Ouverture officielle du Centre de santé Saint-Boniface Inc. |
| 2000 | Ouverture de la Maison des artistes visuels francophones. |
| 2001 |
La ville de Winnipeg remplace les panneaux bilingues Arrêt/stop par des panneaux unilingues anglais. Suite à de fortes revendications notamment formulées par la Société franco-manitobaine, les panneaux bilingues sont remis en place. Adoption d’un nouveau logo bilingue par la ville de Winnipeg. Le ministre responsable des Services en langue française présente le premier rapport sur les services en français. La Société franco-manitobaine adopte la stratégie « Agrandir l’espace francophone ». |
| 2002 |
Ouverture des Centres de services bilingues. Nomination de la Franco-Manitobaine Maria Chaput au Sénat canadien. Ouverture de la Maison Gabrielle-Roy. |
Faits saillants de notre histoire
1978 La loi de 1890 abolissant le français comme langue officielle de la province est jugée inconstitutionnelle par la Cour suprême du Canada.
1981 Un an après le dévoilement du drapeau franco-manitobain, on assiste à la création du Secrétariat des services en langue française du gouvernement du Manitoba.
1985 La Cour suprême du Canada déclare toutes les lois de la province inconstitutionnelles car elles ont été adoptées uniquement en anglais. Trois ans plus tard, on assiste à la constitution de l'Association des juristes d'expression française du Manitoba.
1988 Création de l'Association des juristes d'expression française au Manitoba.
1990 Le Centre de ressources éducatives à l'enfance (CREE) voit le jour.
1991 Mise en ondes d'Envol 91 FM, première radio communautaire francophone dans l'Ouest canadien.
1992 Adoption de la Partie III de la Loi sur la ville de Winnipeg établissant les services municipaux en français; à Ottawa, la Chambre des Communes reconnaît Louis Riel comme fondateur de la province du Manitoba.
1994 La Cour suprême du Canada déclare que la Charte canadienne des droits et libertés garantit aux Franco-Manitobains et Franco-Manitobaines la gestion de leurs écoles françaises. La mise sur pied de la Division scolaire franco-manitobaine no. 49 avec vingt-deux écoles aura lieu au cours de la même année.
1996 L'Association des municipalités bilingues du Manitoba (AMBM) crée le Conseil de développement économique des municipalités bilingues du Manitoba (CDEM).
2002 Ouverture des Centres de services bilingues; nomination de la Franco-Manitobaine Maria Chaput au Sénat canadien.
2003 L'Accueil francophone parrainée par la Société franco-manitobaine voit le jour.
2006 Incorporation du Directorat de l'activité sportive du Manitoba inc.
2007 L'Agence nationale et internationale du Manitoba (ANIM) voit le jour.
2009 Élection du premier ministre Greg Selinger qui parle français
2010 Célébration du 30e anniversaire du drapeau franco-manitobain
2010 Ouverture officielle du nouveau théâtre du Cercle Molière
Source: FCFA
Les présidences de la Société franco-manitobaine
MAURICE GAUTHIER - décembre 1968 à décembre 1969
Le Congrès-Rallye inaugural de la Société franco-manitobaine de décembre 1968 s'était déroulé dans l'euphorie. L'esprit de renouveau qui y régnait avait quand même permis de rompre en douce avec la tradition de plus de cinquante ans de vie de l'Association d'éducation des Canadiens-français du Manitoba. D'ailleurs, c'est le dernier président de l'AECFM, monsieur Maurice Gauthier, qui devint aussi le premier président de la SFM. Ce fait mérite d'être souligné; d'une part, il témoigne sans doute que le leadership émergent ne reniait aucunement son passé; d'autre part, il témoigne aussi des qualités de leader déjà bien connues et bien appréciées de ce dévoué Franco-Manitobain.
Comme on pouvait s'y attendre puisque c'est le sort de tout nouvel organisme, la première année de la SFM en fut une d'organisation. Mais le nouvel exécutif dirigé par Maurice Gauthier savait bien que la population franco-manitobaine entretenait de grands espoirs à son endroit et qu'elle avait fixé des attentes ambitieuses pour son nouvel organisme. Inspirés de l'enthousiasme qui avait régné au Congrès-Rallye inaugural et conscient des attentes élevées de la population, les nouveaux élus se sont lancés à la tâche à pieds joints.
Tel qu'entendu au Congrès-Rallye inaugural et par fidélité aux promesses du président, lors de son élection, comme le programme de la SFM serait à base de participation de la population, la première action du nouveau conseil fut de mettre sur pied le fameux programme d'animation. Plusieurs personnes croyaient dur comme fer aux qualités rédemptrices quasi-magiques de ce programme. Pourtant celui-ci connut quelques difficultés dès son lancement. Toutefois, dans son rapport au congrès de décembre 1969, le président affirme sa confiance en ce programme, estimant qu'il «fera sans doute boule de neige» dans la prochaine année.
Dès la première année d'existence de la SFM et sous le règne de Maurice Gauthier à la présidence donc, on a aussi procédé à la mise sur pied des directorats. C'était une machinerie lourde à faire démarrer mais le vice-président interne, Étienne Gaboury, qui allait devenir le prochain président, y travailla avec diligence si bien que six directorats étaient en place lors du congrès de décembre 1969: économique, culturel, d'information, de voyages-échanges, de planification et d'évaluation et d'éducation. La masse de travail accompli et les diverses mises en chantier lancées par ces directorats en si peu de temps était édifiante... et prometteuse pour l'avenir.
Du côté des relations extérieures, les activités ont foisonné aussi durant la première année de la SFM. De nombreux contacts et entretiens ont eu lieu avec divers représentants du gouvernement fédéral, notamment pour l'obtention des fonds requis pour lancer le programme d'animation sociale. Du côté provincial, les relations ont été plutôt difficiles pour ne pas dire inexistantes tant et aussi longtemps que monsieur Walter Weir occupait le poste de Premier ministre du Manitoba, soit jusqu'en juin 1969. Par ailleurs, avec l'accession au pouvoir de monsieur Edward Schreyer, les choses ont changé du tout au tout en faveur d'une cordialité et d'une ouverture remarquable donnant lieu à des relations étroites et fructueuses entre la SFM et le gouvernement provincial. Auprès du Québec et de la France aussi, la SFM s'empresse de créer des ponts; certains résultats tangibles en découlent presque aussitôt; mais surtout, les premiers contacts permettent d'entretenir l'espoir que le Québec et la France feront preuve de générosité dans les divers programmes d'aide qu'ils mettront bientôt à notre disposition.
La première année d'existence de la SFM, soit celle de la présidence du natif de La Broquerie, Maurice Gauthier, prend fin avec le congrès de décembre 1969. Ce congrès, par ailleurs, c'est un peu aussi l'apogée de l'année, l'intensité émotive y atteint un sommet semblable à celui qui avait animé le Congrès-Rallye inaugural de l'année précédente. Le congrès se déroula en effet sous le signe de «la joie de vivre» et cela, à juste titre, pour deux raisons. D'abord, la SFM pouvait se réjouir et se féliciter des divers programmes mis sur pied au cours de l'année par ses artisans de la première heure. Il y avait lieu aussi de se réjouir puisque depuis l'accession au pouvoir de l'équipe Schreyer au niveau provincial, on pouvait désormais compter sur l'appui généreux et l'attitude positive des deux paliers de gouvernement. Et comme pour sceller ce pacte tacite entre la population franco-manitobaine et son gouvernement, le Premier ministre Schreyer accepta l'invitation de la SFM de prendre la parole au congrès de décembre. Il le fit en français d'ailleurs. En outre, c'était la première fois dans l'histoire de la province qu'un Premier ministre acceptait de prendre la parole à un congrès de Manitobains de langue française. Le geste du jeune Premier ministre sympathique aux francophones fut d'autant plus apprécié qu 'il en profita pour dévoiler une série de mesures concrètes réclamées par la SFM et dont la réalisation serait susceptible de contribuer de façon significative à l'épanouissement de la communauté franco-manitobaine. Il annonça notamment son intention d'introduire le projet de loi 113 en chambre plaçant le français sur un pied d'égalité avec l'anglais comme langue d'enseignement ainsi que sa volonté d'établir une maison de formation d'enseignantes et d'enseignants qui pourraient assumer les fonctions qui découleraient de la mise en oeuvre de la loi 113. En outre, Edward Schreyer annonçait la création d'un centre culturel. Trois excellentes nouvelles!
Maurice Gauthier méritait bien de cueillir cette manne pour la SFM et pour la population franco-manitobaine.
ÉTIENNE GABOURY - décembre 1969 à novembre 1970
Il avait été président de la Commission des Dix, il avait poursuivi la tâche comme président de la Commission du Rallye Franco-manitobain. Étienne Gaboury avait donc été à la tête du mouvement qui s'était constitué en moteur de renouveau et de changement dans la communauté franco-manitobaine de la fin des années 1960.
Architecte de profession, on peut dire d'Etienne Gaboury qu'il a aussi été l'architecte principal, à tout le moins, un des architectes principaux qui ont dessiné les devis de l'édifice qu'était appelé à devenir l'organisme Société franco-manitobaine.
Mais Étienne Gaboury ne s'est pas contenté d'être au premier rang des instigateurs du changement; il a généreusement collaboré à la mise en marche de la SFM. Comme si cette contribution ne suffisait pas, il s'est également engagé à pieds joints, en effet, avec les autres bâtisseurs du temps pour lancer l'organisme sur la bonne voie. Ainsi, pendant les deux premières années d'existence de la SFM, il s'y dévoue encore, la première année comme vice-président intérieur avant d'être porté à la présidence, sans concurrence l'année suivante.
Lorsque Étienne Gaboury a accédé à la présidence de la SFM, il ne fait aucun doute que celle-ci était bien partie. L'appui du fédéral était acquis avant même que l'organisme n'ait vu le jour. Et avec l'accession des néo-démocrates dirigés par Edward Schreyer au provincial, cela promettait à ce niveau là aussi. En effet, c'est justement au Congrès-Rallye si stimulant de décembre 1969 où Edward Schreyer avait confirmé son appui pour la francophonie manitobaine que le natif de Bruxelles avait été élu à la tête de la SFM.
Mais la lune de miel ne pouvait évidemment pas durer éternellement. D'abord, il y avait toujours ceux et celles qui n'avaient pas accepté le passage de l'AECFM à la SFM. Le Père Jean-Paul Aubry écrivait dans un éditorial de LA LIBERTÉ ET LE PATRIOTE d'octobre 1970 :
«Il y a des Franco-Manitobains qui parviennent difficilement à retrouver les anciennes traditions dans les nouvelles structures».
Il ajoutait:
«Rien d'étonnant alors si l'on rencontre l'incompréhension, de fausses interprétations, des intentions».
Par ailleurs, il y eut aussi des grognements de mécontentement par rapport au programme d'animation sociale que la SFM avait mis de l'avant si fièrement. L'animation sociale remettait beaucoup de choses en question; or, certains milieux n'étaient pas friands de cela. Quelques personnes sont allées jusqu'à s'en prendre aux animateurs, les traitant de séparatistes, d'anticléricaux et d'agitateurs. Bref, on accusait la SFM de semer la discorde. S'il faut reconnaître que les animateurs ont pu commettre des maladresses probablement attribuables à une formation précipitée et à un excès de zèle; en rétrospective, il s'en trouverait bien peu pour nier que l'animation sociale a quand même contribué à faire émerger de nouvelles personnes, souvent relativement jeunes, qui ont graduellement commencé à assumer divers rôles de leadership dans la communauté.
Somme toute, le programme d'animation sociale qui a atteint son niveau de fonctionnement le plus actif durant le mandat d'Étienne Gaboury à la présidence de la SFM a constitué une source de critique à l'endroit de la SFM. Par ailleurs, on sait que les louanges sont plus lentes à se faire entendre que les critiques, et qu'en toute honnêteté, des louanges pour ce programme auraient certainement été de mise.
C'était avec «une émotion mêlée de joie et d'inquiétude» qu'Étienne Gaboury avait accepté la présidence de la SFM au Congrès-Rallye de décembre 1969. Le thème de son discours d'acceptation avait gravité autour de sa vision pour les Franco-manitobains de prendre leur place «... à tous les niveaux, avait-il dit, ... dans tous les secteurs de la vie manitobaine». Fini le repliement sur soi; cela constituait une admission d'infériorité. Étienne Gaboury voyait positivement et il voyait en grand: «Nous sommes... l'espoir de la nation canadienne, et il ne faudrait pas la décevoir». Cet idéal, Étienne Gaboury l'a prêché avec conviction. Il a eu du mérite à le proposer, à le faire miroiter aux yeux de ses compatriotes; mais il l'a surtout pratiqué activement dans sa profession et dans divers autres cercles, et ce non seulement au niveau provincial ni même seulement au niveau national, Étienne Gaboury a aussi évolué de façon admirable sur la scène internationale.
Enfin, on ne saurait conclure ce bref récit du passage et de la contribution d'Etienne Gaboury à la présidence de la SFM sans mentionner au moins, son apport de personne profondément sensible aux relations entre les êtres et dans leurs relations aussi avec leur environnement. Étienne Gaboury, en véritable artiste, a mis son âme et ses talents d'artiste au service de sa communauté par son implication à la SFM.
ALBERT LEPAGE - novembre 1970 à décembre 1971
Albert Lepage avait d'abord siégé à la Commission des Dix qui avait établi les bases pour la fondation de la SFM. Il avait ensuite siégé au premier Conseil d'administration de la SFM en tant que vice-président extérieur. On le retrouve également au deuxième Conseil d'administration de la SFM en tant que 2e vice-président cette fois. Et enfin, voilà qu'il se porte candidat et devient président du troisième Conseil d'administration à l'assemblée annuelle de 1970.
Pas étonnant donc que le mandat d'Albert Lepage à la présidence de la SFM s'inscrive sous le signe de la même ferveur et de la même ardeur qui avaient caractérisé notre jeune organisme depuis sa conception ainsi qu'à travers de ces deux premières années. Ainsi donc, ce fut un mandat actif et assez fécond.
D'abord, la SFM s'implique dans la question de la fusion métropolitaine. Déjà, on se soucie que l'identité et le caractère de Saint-Boniface soient respectés dans l'amalgamation.
La SFM a aussi accordé son attention aux caisses populaires en affectant un de ses animateurs à travailler auprès des sociétaires et des caisses intéressées à «étudier et formuler des solutions aux problèmes des Caisses populaires».
Les négociations avec les divers paliers de gouvernement ont également occupé le Conseil d'administration présidé par le résidant de Sainte-Anne-des-Chênes.
Avec la France, la SFM réussit à obtenir plus qu'une oreille attentive et bienveillante puisqu'elle décroche un important don de livres pour distribution dans la majorité des écoles. Plus important encore, de précieux services de coopérants français sont accordés par la France; ainsi, le Manitoba français commence dès ce moment-là à bénéficier des services d'un conseiller pédagogique, d'un journaliste et d'un attaché culturel, «tous rémunérés par le gouvernement français».
Auprès des gouvernements fédéral et provincial, les entretiens ont été abondants. Fait intéressant à noter, ces entretiens ont eu lieu autour de la manifestation nommée de façon fort appropriée: Éclat '71. Cet événement que le président du temps avait qualifié de «manifestation du pouvoir du peuple» avait emprunté la forme du coup de théâtre; plus de cinq cent membres de la SFM s'étaient massés à Saint-Boniface et avaient marché ensemble dans les rues derrière leur président scandant des slogans et brandissant des pancartes. Il faut bien dire que des manifestations du genre n'étaient pas chose commune à ce moment-là, surtout chez les Franco-manitobains. La foule s'était d'abord rendue à l'édifice Richardson à l'angle des rues Portage et Main où le président Albert Lepage avait présenté les revendications des Franco-manitobains et des Franco-manitobaines à l'endroit du fédéral, s'adressant à la photo collée au mur de l'édifice du ministre manitobain au fédéral, James Richardson. Le groupe s'était ensuite dirigé au Palais législatif de la rue Broadway pour présenter ses doléances aussi au gouvernement provincial. Les ministres René Toupin et Sid Green étaient là pour recevoir le message des Franco-manitobains.
Cette manifestation avait eu une importance certaine; elle avait même eu un double ou un triple impact. Les deux niveaux de gouvernements visés n'avaient pas été insensibles à cette démonstration spectaculaire et s'étaient montrés très réceptifs par la suite dans les pourparlers qui n'avaient pas tardé à se produire. Mais l'impact le plus fort fut peut-être celui qu'avaient subi les acteurs principaux du coup de théâtre eux-mêmes, soit la foule participante à l'événement. Éclat '71 avait un peu grisé les participants et les participantes en les faisant goûter la coupe du pouvoir et de la solidarité.
Éclat '71 fut un événement d'un jour, bien sûr; mais cet événement n'est pas surgi par accident ou par hasard. Il est bien évident qu'il faut le voir comme un fruit direct de l'animation sociale qui avait «attisé» les troupes et les avait préparées à ce genre de manifestation. Pourtant, quelques mois plus tard, en octobre, la SFM annonçait une «nouvelle orientation» selon laquelle les employés jadis affectés à l'animation allaient désormais assumer la responsabilité d'un dossier / secteur spécifique. Ainsi, l'un s'occuperait de la jeunesse, un autre serait affecté à l'éducation, le troisième assurerait le service d'information. C'était l'abandon de l'animation sociale qui avait encore des adeptes, bien sûr; mais qui, dans l'ensemble, ne pouvait pas être maintenue. Redoutée par les uns, dénoncée par d'autres, l'animation sociale avait fait son temps; il fallait passer à autre chose.
Avec les gouvernements fédéral et provincial, la SFM en collaboration avec les organismes à vocation éducative du temps, soit l'Association des commissaires de langue française du Manitoba et les Éducateurs franco-manitobains, a su mener à bon port la question de l'établissement de l'Institut pédagogique pour l'Ouest à Saint-Boniface. Il s'agit d'une des réalisations de son équipe dont le directeur de l'École Sainte-Anne du temps est le plus fier.
Toujours en éducation, le mandat d'Albert Lepage à la présidence de la SFM est celui qui a immédiatement suivi l'adoption de la loi 113. La SFM s'est donc évertuée, encore en collaboration avec les organismes en éducation, à faciliter sa mise en oeuvre, notamment en facilitant la création de comités de parents dans diverses localités.
En somme, le mandat Lepage à la SFM en est un de continuité avec la direction et les actions entreprises depuis avant la création de la SFM. L'équipe est dynamique et ambitieuse, un peu frondeuse (Éclat '71) mais cette action rapporte des dividendes intéressants. À un seul égard peut-on parler de rupture avec le court passé de la SFM; c'est sous le règne d'Albert Lepage que l'animation sociale est stoppée.
ROGER COLLET - décembre 1971 à mars 1974
Même s'il a accédé directement à la présidence sans avoir occupé d'autre poste préalablement au sein de l'exécutif de la SFM, on peut tout de même dire que Roger Collet s'inscrit lui aussi, à certains égards du moins, dans la foulée idéologique grisante des premières années. En effet, le grand montagnard avait participé, en qualité de membre de l'équipe d'animation sociale, aux premiers élans électrisants de la SFM qui avaient semé les espoirs les plus ambitieux pour la collectivité franco-manitobaine.
Pourtant, une réorientation quelconque s'imposait, et cela pour deux raisons. D'abord, le programme d'animation sociale que plusieurs avaient pourtant considéré comme la pierre d'angle du renouveau de la communauté venait d'être écarté de la scène. Par ailleurs, un coup de barre s'imposait dans les secteurs économique et politique. En effet, bien qu'il s'était déclaré satisfait des progrès réalisés par la nouvelle SFM en trois ans d'existence, Albert Lepage avait indiqué sa déception, à la fin de son mandat. Il concédait en effet, que «...trois ans après le rallye de 1968, la situation n'est pas tellement différente». Roger Collet et sa nouvelle équipe héritaient donc de la tâche d'évaluer la situation et de réorienter l'organisme.
Dans le but de réorienter la SFM d'une façon qui correspondrait vraiment aux attentes de la population et de façon aussi à ce que la population adhère et s'identifie réellement à la SFM, l'équipe de Roger Collet ne tarda pas à entamer le dialogue avec la population. Ainsi la première année fut essentiellement consacrée à un travail d'information et de coordination destinée à «démocratiser» la SFM, à la rendre plus «représentative» à l'échelle provinciale. Roger Collet avait compris que la SFM se devait d'être un organisme aux assises très larges pour se percevoir elle-même et constituer effectivement une force qui ne tarderait pas, du reste, à se faire reconnaître comme telle par les gouvernements.
En outre, après une année en poste, soit au rallye de 1972, Roger Collet pouvait indiquer que la SFM s'était prononcée durant l'année sur plusieurs questions: la signalisation bilingue, l'école Taché, l'application de la loi 113. La SFM avait accordé beaucoup d'attention aussi à divers programmes pour la jeunesse. Notamment, elle avait vu à l'offre de formation pour moniteurs et monitrices de terrains de jeux. Elle avait collaboré aussi avec divers intervenants pour permettre à plusieurs jeunes de réaliser des voyages et des voyages-échanges. La SFM pouvait aussi étaler diverses actions qu'elle avait réalisées ou diverses collaborations qu'elle avait offertes dans les domaines économique, politique, culturel, etc. Mais surtout, ce qui revenait dans son allocution, c'était la nécessité de régionalisation; c'est-à-dire, la nécessité pour la SFM de se rendre présente sur le territoire où vive les gens. Pour Roger Collet, cela signifiait la campagne aussi bien que la ville. Pas étonnant, donc, que l'on assiste à l'organisation de conseils régionaux de manière justement «à augmenter la représentativité».
En termes concrets, la SFM avait tenu sept rallyes régionaux qui avaient regroupé au-delà de neuf cents personnes. Cela avait permis de leur fournir des renseignements au sujet de divers programmes gouvernementaux disponibles, en plus de recueillir des suggestions quant à la programmation de la SFM pour les années à venir.
Un autre défi que l'équipe Collet s'était taillé était celui de voir s'ériger un service au Ministère de l'éducation qui pourrait s'attaquer à l'énorme boulot que l'avènement de la Loi 113 avait créé. En effet, la Loi 113 constituait un pas intéressant, mais encore fallait-il que l'on puisse compter sur un service provincial d'envergure qui pourrait en assurer la promotion et offrir les services professionnels de support qui étaient requis partout de façon urgente. Ainsi, durant le mandat de Roger Collet, la SFM a participé avec les interlocuteurs du temps en éducation aux négociations avec le gouvernement Schreyer, négociations qui ont mené à l'arrivée d'Olivier Tremblay à la section Planification et Recherche du ministère dès l'automne 1972 puis éventuellement à la création du Bureau de l'éducation française.
Enfin, on ne saurait conclure le récit du règne Collet à la SFM sans faire état de l'événement qui se doit d'être considéré comme un véritable couronnement de la vision de Roger Collet pour la SFM, de son action éclairée aussi, notamment dans les régions, et enfin de la direction énergique et inspirée qu'il a su procurer à l'organisme. Cet événement c'est, bien sûr, le rallye de mars 1974, où Roger Collet allait tirer sa révérence, après presque deux ans et demi à la présidence de la SFM. Ce rallye avait attiré le nombre record, d'ailleurs inégalé depuis, d'environ mille cinq cents personnes. Un reportage dans La Liberté (20 mars 1974) commentait en ces termes:
«Cette affluence est très certainement liée à la politique de décentralisation et à l'action déjà entreprise dans les campagnes qui étaient beaucoup plus fortement représentées que par le passé».
Quel succès, en effet! Quelle satisfaction le président sortant Roger Collet a dû ressentir à cette occasion ? La foule si nombreuse à ce rallye constituait un témoignage indélébile qu'il avait vu juste; de plus, on pouvait conclure que l'action menée dans les régions avait été habilement exécutée.
PHILIPPE JUBINVILLE - mars 1974 à janvier 1975
Élu par la foule la plus nombreuse jamais rassemblée en rallye / assemblée annuelle de la SFM, Philippe Jubinville était, comme ses prédécesseurs à la présidence, l'un des ouvriers de la première heure puisqu'il avait siégé comme trésorier sous les présidences de Maurice Gauthier et d'Étienne Gaboury. Par ailleurs, Philippe Jubinville passera aussi à la postérité pour avoir été celui qui aura décroché le record du plus court mandat à la présidence puisqu'il démissionna, pour raisons professionnelles, environ deux mois avant la fin de son année.
Vu la foule nombreuse lors de son élection, vu l'enthousiasme qui avait régné à ce congrès, les attentes étaient élevées à l'endroit de Philippe Jubinville. Mais voilà que quelques semaines seulement après son élection, l'épreuve de son mandat éclate: la crise Taché. La Commission scolaire de Saint-Boniface avait décidé de fermer cette école et les parents tentaient d'obtenir l'appui de la SFM pour les épauler dans leurs démarches visant à faire renverser cette décision. Mais la SFM a eu bien de la difficulté avec cette question. La Liberté parle des «tergiversations» de la SFM dans cette affaire qui «jetèrent un froid entre la Société et les personnes mécontentes de l'action des responsables de la SFM». En effet, il y eut plusieurs rebondissements dans cette affaire tout au long de l'année 1974-1975 si bien qu'elle n'était pas encore tout à fait classée quand l'assemblée annuelle suivante, celle de mars 1975 eut lieu. En effet, à cette occasion des manifestants devant le Centre culturel franco-manitobain étaient venus hanter à nouveau les responsables de la SFM et rappeler qu'ils n'avaient pas encore abandonné. Gérard Archambault, qui avait remplacé le président Jubinville, démissionnaire en janvier, avait dû revenir sur «l'affaire Taché» dans son discours, affirmant que la SFM était prête à reconsidérer sa position si on pouvait démontrer que des faits nouveaux étaient venus changer le portrait. Mais la question n'était pas encore mûre pour une solution harmonieuse.
Enfin, cette malheureuse question de l'affaire Taché fut celle qui retint le plus l'attention pendant le mandat écourté de Philippe Jubinville à la présidence de la SFM. Elle a pratiquement éclipsé le reste, paralysant même jusqu'à un certain point les tentatives d'intervention de la SFM dans quelque dossier que ce soit.
GÉRARD ARCHAMBAULT - janvier 1975 à avril 1977
Lorsque Gérard Archambault fut élu la première fois pour diriger les destinées de la SFM à titre de président (il occupait déjà le poste depuis janvier en remplacement de Philippe Jubinville, démissionnaire), soit à l'assemblée annuelle de mars 1975, le spectre de la question Taché n'avait pas encore été exorcisé. En effet, tel qu'indiqué précédemment, Gérard Archambault dut revenir sur la question et en traiter à l'assemblée annuelle. Mais le comité des parents de l'École Taché n'était pas encore prêt à se réconcilier avec la SFM. Grâce à quelques habiles manœuvres, toutefois, l'équipe dirigée par le natif de Duck Lake, Saskatchewan allait quand même réussir à se secouer du joug de la question Taché et à sortir de la torpeur que celle-ci avait engendrée. Constatant le gouffre qui s'était creusé entre la communauté et son organisme, Gérard Archambault s'était donné comme mandat de rétablir le contact. Au moyen d'une «tournée présidentielle» dans une douzaine de localités, le dentiste de Sainte-Anne-des-Chênes eut l'occasion d'expliquer le cheminement qu'avait fait la SFM (animation sociale, rallyes, question Taché, etc.) et de demander aux gens ce qu'ils voulaient de la SFM.
Ainsi, au terme d'une année à la tête de la SFM, Gérard Archambault pouvait affirmer que «L'année 1975-1976 a été marquée par un réajustement des objectifs de la SFM et une maturation de notre organisme qui s'est axé résolument sur les priorités plus globales intéressant l'ensemble des Franco-manitobains». Selon lui, il y avait trois facteurs qui avaient contribué à pousser dans cette direction.
Le premier facteur était l'évolution des attitudes collectives et des besoins ressentis dans la communauté franco-manitobaine. Si les besoins durant les tous premiers temps de la SFM s'étaient situés au niveau de l'animation, celle-ci avait effectivement eu comme résultat qu'un grand nombre de Franco-manitobains et de Franco-manitobaines avaient décidé qu'il était temps de faire quelque chose. La SFM avait répondu en passant par une phase d'offre de services; mais maintenant, ce dont la communauté avait besoin, c'était d'accentuer le rôle politique. Il s'agissait donc d'accorder de l'aide organisationnelle aux groupes devant revendiquer leurs droits. Ainsi par exemple, les groupes de parents, les aînés et les jeunes reçurent divers services.
Le deuxième facteur ayant eu son impact sur la réalité des Franco-manitobains et des Franco-manitobaines à ce moment-là, selon Gérard Archambault, réside dans le fait que les subventions provenant du fédéral étaient devenues stationnaires. Cela avait effectivement signifié un recul dans le niveau des services pouvant être offerts.
Le troisième facteur ayant provoqué des changements dans la réalité des Franco-manitobains et des Franco-manitobaines, le président Archambault le situe dans une sphère gravitant autour des politiques gouvernementales au niveau provincial dans les domaines stratégiques de l'éducation et de la culture. Il note que la Loi 113 «a ouvert toutes grandes les portes de l'éducation française». Par ailleurs, dans le domaine culturel, le gouvernement «nourrit chez notre population un nouvel espoir d'épanouissement culturel». Dans les deux cas, le président exprime surtout le souhait que nous pourrons voir nos aspirations comblées.
À l'assemblée annuelle de 1976, une nouvelle extrêmement positive est annoncée. L'honorable Laurent Desjardins qui est l'orateur invité annonce la création du poste de sous-ministre adjoint à l'éducation française. Il s'agissait d'une nouvelle qui, comme bien d'autres, s'était fait attendre; quand elle arrive, cependant, on s'en réjouit d'autant plus.
En toute fin de mandat, soit au terme de ses deux années et quelques mois à la présidence de la SFM - l'événement a lieu quelques jours après la première publication fracassante de la FFHQ, Les héritiers de Lord Durham, le président affiche un «ton triste et ému» lorsqu'il s'adresse aux congressistes présents à l'assemblée annuelle. La FFHQ ( Fédération des francophones hors Québec) venait en effet de lancer le «cri d'alarme» qui faisait état des ravages de l'assimilation au pays.
Gérard Archambault a été perçu par ceux et celles qui l'on côtoyé ainsi que par les observateurs des médias comme un président «fonceur»; mais invariablement, ce qualificatif était employé au sens positif. À son avis, les défis majeurs de son mandat avaient été la concertation des organismes pour agir ensemble dans les différents dossiers, le besoin de politiser les Franco-manitobains et les Franco-manitobaines ainsi que la nécessité pour la SFM d'agir comme organisme pourvoyeur de services pratiques à ses membres.
Sur le plan scolaire, si des maladresses avaient été commises antérieurement à son accession à la tête de la SFM, celle-ci s'était habilement organisée par la suite pour regagner la faveur des parents en appuyant notamment les efforts de ceux-ci dans les problèmes qui avaient surgi au Précieux-Sang et à Saint-Norbert. Le couronnement de ces initiatives fut, bien sûr, la création de la Fédération provinciale des comités de parents (FPCP) en 1976.
Enfin, une autre importante réalisation du mandat de Gérard Archambault: la fondation de la Fédération des francophones hors Québec (devenue depuis la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada), à partir d'un comité ad hoc de l'Association canadienne d'éducation de langue française. Au sujet de la création de cet organisme politique pan canadien, Gérard Archambault affirme qu'il s'agit «d'un événement majeur dans l'histoire du bilinguisme canadien... Nous avons là un instrument d'action qui nous permettra de faire cheminer jusqu'aux plus hautes sphères gouvernementales des analyses réalistes de nos besoins et des demandes pressantes pour qu'on y trouve les moyens d'y répondre».
ANDRÉ FRÉCHETTE- avril 1977 à mars 1979
Le prédécesseur immédiat d'André Fréchette à la présidence de la SFM, Gérard Archambault, avait brossé un tableau bien sombre de la situation de la francophonie lorsqu'il s'était adressé aux participants et aux participantes à l'assemblée annuelle de 1977. C'est à cette assemblée que Gérard Archambault terminait son mandat; et c'est à cette même assemblée qu'André Fréchette assumait le sien.
C'est pour cause d'ailleurs que Gérard Archambault avait peint la situation en noir puisqu'elle l'était. Ainsi en témoignait en effet l'importante publication de la Fédération des francophones hors Québec intitulée Les héritiers de Lord Durham, parue quelques jours seulement avant la réunion annuelle.
C'est donc d'un organisme au service d'une francophonie «... bien malade» qu'héritait le professeur de biologie. Mais André Fréchette n'a jamais été l'homme à se laisser décourager facilement. Au contraire, la ténacité et l'obstination à vaincre les situations difficiles sont plutôt caractéristiques de son fonctionnement.
Entouré de son équipe (et André Fréchette a toujours été une personne d'équipe), le natif de Saint-Pierre-Jolys entreprit courageusement de se mesurer au défi de réaliser le plan d'action quinquennal adopté à l'assemblée annuelle de 1977, soit celle où il devenait porteur du flambeau.
Celui qui avait indiqué immédiatement avant son élection que le problème central de la francophonie restait l'éducation française et l'unité des francophones, s'attaqua résolument au cœur du problème. En éducation donc, le président réitère que le but recherché était toujours «de réaliser un système d'éducation française total et autonome». La démarche à poursuivre en vue d'atteindre ce but devait forcément passer par l'arène politique. Or, «le changement de gouvernement au milieu de l'année a fait en sorte que nous n'avons toujours pas... de politique... qui garantisse l'école française».
Il en est allé de même dans le secteur politique proprement dit. Là aussi, André Fréchette a bien été obligé de constater que la revendication de la SFM en faveur de la création d'une commission mixte qui élaborerait une politique globale du développement de la minorité officielle du Manitoba se butait à un mur avec le nouveau gouvernement de Sterling Lyon. Cette commission promise par l'ancien gouvernement était donc vouée à rester lettre morte.
Par ailleurs, la SFM fut active dans le cadre des élections scolaires et municipales ainsi qu'à monter une opposition dans l'affaire du déménagement du siège social du comité communautaire de Saint-Boniface à Saint-Vital.
Au fédéral, les demandes de la SFM de participer à l'élaboration d'une «action intensive ayant comme but d'aider nos communautés à se développer» sont tombées sur des «oreilles sourdes». Par ailleurs, meilleur succès auprès du gouvernement du Québec. En effet, celui-ci met un demi million de dollars à la disposition des Francophones hors Québec; pour la SFM, cela signifie les services d'un documentaliste que l'on a demandé et 20 000 $.
Durant le mandat d'André Fréchette, la SFM a dû traiter avec la délicate question de l'Affaire Forest. Dans cette fameuse histoire de contestation d'une contravention unilingue, Georges Forest tentait de rétablir le statut officiel du français au Manitoba. Or, cela impliquait, bien sûr, un coûteux processus juridique et Georges Forest demandait d'être subventionné par la SFM. La situation était extrêmement embarrassante pour la SFM qui ne pouvait ni accéder à cette requête ni la refuser sans se mettre passablement de gens à dos. Le dilemme fut réglé par la brillante idée de créer un fonds spécial de la SFM pour appuyer la démarche de Georges Forest devant les tribunaux, fonds auquel les contributions étaient sollicitées par la SFM.
Somme toute, si les résultats de la première annonce d'André Fréchette à la présidence de la SFM n'avaient pas été aussi reluisants qu'ils les auraient souhaités, ils l'étaient quand même assez pour lui faire remporter les élections haut la main contre la double opposition de Noël Joyal et de Georges Forest à l'assemblée annuelle de 1978. La Liberté rapportait en mars 1978 qu'une écrasante majorité des mille deux cents participants à l'assemblée le reportent à la présidence. Il est «littéralement plébiscité», précise-t-on.
André Fréchette a été un président de conciliation. Sa nature étant telle, il affirme avoir tenté de «résoudre les problèmes sans trop de confrontation».
Au-delà des questions déjà abordées, André Fréchette se souvient des difficultés découlant du fait que les subventions du Secrétariat d'État tardaient à rentrer et que les employés n'étaient souvent pas payés à temps. Il se souvient aussi de la démission en bloc du conseil d'administration du Centre culturel franco-manitobain dont celle du président, le Père Jean-Paul Aubry, o.m.i.; il se souvient du lobbying qui avait dû être fait pour assurer des subventions adéquates pour le CCFM.
Du côté plus positif, André Fréchette entretient un agréable souvenir des percées importantes dans le développement économique avec la création notamment d'une douzaine de clubs d'investissements ainsi que l'obtention d'une somme d'au-delà de 1 200 000 $ que Jean-Louis Morin, le coordonnateur en développement économique avait pu décrocher pour des Franco-manitobains et des Franco-manitobaines dans le cadre du programme d'emploi pour les jeunes, le programme Défi. André Fréchette peut aussi contempler avec satisfaction la création et la séparation administrative de la Fédération des aînés franco-manitobains, devenue depuis la Fédération de l'âge d'or du Manitoba (FADOM), ainsi que l'indépendance acquise du Conseil jeunesse provincial; ces réalisations se finalisent toutes durant le mandat d'André Fréchette.
Mais la réalisation dont André est le plus fier est celle de la mise sur pied de Francofonds, la «United Way» des Franco-manitobains comme on l'appelait à l'époque. On avait longtemps parlé, avant que cela n'aboutisse, de la nécessité de mettre un mécanisme en place qui assurerait l'auto-financement à long terme de la francophonie. Avec la création de Francofonds, ce mécanisme était en place!
Enfin, André Fréchette cède la présidence à son tour en mars 1979 après deux bonnes années à la tête de l'organisme parapluie de la communauté franco-manitobaine. Typiquement lui-même, il exprime le regret de «ne pas avoir été suffisamment dans les régions». «Un drôle de reproche, de rétorquer le reporter de La Liberté, quand l'on sait qu'il a assisté, en deux années, à plus de trois cents rencontres de tous genres».
RENE PICHÉ - mars 1979 à mars 1980
D'abord, le mandat de René Piché s'est inscrit comme «une continuité dans l'action entreprise par la SFM dans les grands dossiers de l'heure». Le natif de Fannystelle avait accepté de remplir ce poste sachant qu'il pourrait profiter d'une accalmie politique pour restructurer l'organisme. Une restructuration s'imposait en fonction des nouveaux services de développement à créer et à fournir aux communautés ainsi qu'en fonction de la surveillance et de la formation du personnel à assurer.
Au cours de son mandat, René Piché a fait la promotion de la remise de divers dossiers de développement assez mûrs et avancés à des organismes spécialisés (celui des femmes, par exemple). Lui et son conseil voulaient réduire le rôle de suppléance de la SFM afin d'éviter que les dossiers politiques qui allaient inévitablement devenir de plus en plus chauds n'accaparent tous les effectifs et reportent les dossiers de développement aux oubliettes. De plus, il convenait de bien structurer la communauté franco-manitobaine d'organismes solides et bien ancrés dans leur réalité.
En éducation, la SFM a continué à collaborer avec les organismes à vocation éducative; elle s'est fait un devoir de laisser à chacun de ces organismes, le soin d'évoluer selon leurs responsabilités et leurs compétences, sans toutefois se soustraire à son rôle de coordination et de concertation lorsque cela s'imposait. Concrètement, les organismes ont fait pression, ensemble, auprès du ministère de l'Éducation pour que les définitions de l'école française et de l'école d'immersion soient reconnues. On a également logé des revendications visant à assurer l'accès de chacun à l'école française même lorsque cela impliquait de mobiliser des moyens de transport spéciaux. Malheureusement, ces revendications sont restées vaines durant le mandat Piché.
Dans le secteur politique, une nouvelle historique a fait la manchette le 13 décembre 1979; Georges Forest obtenait gain de cause en Cour Suprême. Cet événement passera sans doute à l'histoire parce que le geste signifiait que le Manitoba redevenait une province officiellement bilingue. Mais la SFM savait mieux que d'afficher un enthousiasme délirant sur cette question. René Piché et son équipe n'étaient pas sans savoir qu'il faut plus que des traductions de lois et des services juridiques bilingues pour assurer l'épanouissement de la collectivité franco-manitobaine.
À l'assemblée annuelle marquant la fin de son mandat, le producteur de Régionalisation Ouest à l'Office national du Film du Canada concluait son rapport du président (en présence du Premier ministre Sterling Lyon) en véritable prophète:
«Je vois... à l'horizon des nuages noirs qui planent sur la question scolaire et sur l'application concrète, pratique et raisonnable du Jugement de la Cour Suprême du Canada».
Le président en fin de mandat voyait très clair comme en attesteront plusieurs pages du reste de ce récit. Par ailleurs, à cette même assemblée, la SFM avait eu le courage de prévoir un atelier où les membres pouvaient s'exprimer autant sur les programmes que sur les projets que sur l'orientation générale de la SFM. Et il s'était trouvé quelques personnes pour loger des critiques virulentes en rapport avec la réaction de la SFM lors de la victoire de Georges Forest en Cour Suprême. Pourquoi, demanda-t-on, la SFM ne s'était-elle pas empressée d'aller voir le gouvernement au lendemain du jugement et encore pourquoi la SFM n'en avait-elle pas profité pour organiser une «fête spontanée»?
Cette critique confirme une fois de plus que tous ne voyaient pas les enjeux de cette cause de la même façon. Il y avait pourtant eu des efforts valeureux de la part de l'équipe Piché pour «panser les blessures» et rapprocher les camps. En effet, la SFM avait reconnu officiellement lors d'une réception en son honneur (et en sa présence) le rôle historique qu'avait joué Georges Forest pour rétablir le statut du français comme langue officielle au Manitoba.
GILBERTE PROTEAU - mars 1980 à mars 1982 et mars 1984 à mars l985
Gilberte Proteau est la première femme à avoir accédé à la présidence de la SFM; elle est aussi la première personne à avoir occupé le poste pour trois mandats, donc trois ans. En dépit de ces marques distinctives et du fait que la SFM en a brassé des affaires pendant ces trois ans, ce dont on se souvient le plus de Madame Proteau, c'est la fameuse question du référendum québécois d'avril 1980 dans laquelle le conseil d'administration dirigé par Gilberte Proteau s'est trouvé propulsé malgré lui. Tentons ici de faire la lumière sur cette question. D'abord, la SFM se devait de prendre position et la communauté était divisée; ce n'était donc pas possible de plaire à tout le monde. Par ailleurs, le conseil de la SFM sitôt élu le 23 mars a dû immédiatement, soit à sa réunion du 26 mars, prendre position. Le procès-verbal de cette réunion rapporte que:
«Après une très longue discussion sur le rôle de la Société franco-manitobaine face au référendum québécois, la motion suivante est acceptée à l'unanimité: Que la SFM se prononce dans la question référendaire par un [oui]».
Le procès-verbal fait également état du raisonnement qui a motivé cette décision; lequel gravite autour du fait que la SFM appuie le «oui» puisque le référendum du Québec demande «une nouvelle entente fondée sur le principe de l'égalité des peuples». Évidemment, ce raisonnement n'a pas été compris / accepté par tous et une polémique assez importante n'a pas tardé de faire rage au sein même de la communauté franco-manitobaine. Les adversaires de la prise de position pour le «oui» par la SFM n'y voyaient qu'un appui incompréhensible pour le séparatisme. La controverse fut à ce point intense qu'un an plus tard, à l'assemblée annuelle de mars 1981, Madame Proteau y consacre plus d'un quart de son rapport. Fidèle à elle-même et d'une transparence exemplaire, Gilberte Proteau aborde la question carrément:
«Notre position vis-à-vis le référendum du Québec! Oserais-je en parler? Mais bien sûr !».
Et elle explique que la prise de position n'avait d'autre motivation que celle de lancer un message aux deux paliers de gouvernement à savoir que nous sentions un réel besoin d'une nouvelle entente, «une nouvelle constitution qui nous reconnaît comme peuple, qui enchâsserait nos droits linguistiques et éducatifs, et qui nous ferait justice en tant que collectivité». Elle admet bien candidement, par ailleurs, que le processus décisionnel utilisé, c'est-à-dire d'avoir bousculé les événements «n'était pas sage» et que la leçon serait retenue.
La position prise par la SFM dans le référendum québécois n'avait évidemment pas plu aux gouvernements, surtout au fédéral. Mais une retombée positive en avait néanmoins découlé. L'affaire avait procuré une occasion pour la SFM de se présenter en hauts lieux à Ottawa et constater combien l'opinion de notre organisme pouvait compter pour beaucoup. Il y avait là aussi une leçon profitable à dégager de cette aventure autrement plutôt pénible.
Si la guerre ouverte sur le référendum québécois et les discussions constitutionnelles ont été plus spectaculaires et ont conséquemment retenu l'attention davantage, la SFM, durant les trois ans de présidence de Gilberte Proteau, a également mené une guerre de tranchée fort importante sur divers autres fronts.
En développement communautaire, c'est la première expérience d'affectation d'un agent à une région donnée (Alfred Fortier dans La Montagne). Il en ressort un bilan fort impressionnant; une quantité remarquable de projets en découle tant dans le secteur économique que dans les domaines des communications et de la culture en passant par les loisirs et les services. Mais le développement communautaire n'est pas réservé à la seule région de La Montagne. Partout ailleurs, les autres employés et les élus de la SFM assurent une présence et un appui dans diverses initiatives variées.
Si les bases avaient été bien lancées sous les administrations d'André Fréchette et de René Piché, c'est durant la présidence de Gilberte Proteau que le programme économique prend son envol. En effet, les démarches envers l'établissement de conseils économiques se multiplient dans la Rouge ainsi qu'à Saint-Boniface. Les Clubs d'investissements continuent également de jouir des efforts de promotion et d'encadrement fournis par la SFM.
Le service d'information pour sa part s'institutionnalise de plus en plus. Dans les loisirs, les activités foisonnent, particulièrement pour les tout-petits ainsi que pour les adolescents. Dans le secteur préscolaire aussi ça bouge; quantité d'activités de formation sont offertes. Bref, la SFM est présente partout où elle le peut offrant des services et de l'appui aux communautés et aux groupes désireux de s'en prévaloir.
Enfin, à l'assemblée annuelle de 1982, au terme des deux années de Gilberte Proteau à la présidence, celle-ci récolte un fruit de ses labours. Cela se produit lorsque le Premier ministre Howard Pawley se présente comme orateur invité et qu'il étale ce que son gouvernement entend mobiliser comme services en français pour la population franco-manitobaine.
D'abord, il indique que les régions urbaines de Saint-Boniface, Saint-Vital et Saint-Norbert ainsi que les régions rurales de la Seine, de la Rouge, de La Montagne et du Cheval Blanc sans négliger les communautés de Saint-Lazare, Sainte-Rose-du-Lac, Laurier et Saint-Georges/Powerview pourront compter sur les nouvelles largesses de son gouvernement en matière de services en français. Monsieur Pawley assure l'assemblée que toute correspondance écrite provenant du public et adressée au gouvernement provincial en français recevra la courtoisie d'une réponse en français. Il indique en troisième lieu que divers formulaires, documents d'identité et certificats seront désormais émis en format bilingue, promettant que les certificats de naissance et les certificats de mariage de format bilingue seront émis dans les trois mois. Les permis de conduire pour leur part seront bilingues dans moins d'une année. Le Premier ministre annonce également que les textes d'information destinés au grand public seront soit bilingues, soit disponibles dans l'une ou l'autre langue. Il indique que les panneaux et les avis publics dans les deux langues seront graduellement installés dans les régions de la province évoquées plus haut.
Monsieur Pawley ajoute divers autres éléments relatifs à la législature et au système judiciaire ainsi qu'à l'échéancier de la mise en oeuvre de ces politiques. Il assure surtout l'assemblée de sa bonne foi et il invite la participation de la communauté franco-manitobaine à l'implantation de ces initiatives intéressantes.
C'était une belle façon pour Gilberte Proteau de terminer ses deux années à la présidence une note fort positive.
Après un intermède de deux ans, le double terme de Léo Robert, qui retourne-t-on chercher pour diriger à nouveau les destinés de la SFM? Bien oui, Gilberte Proteau ! Si Gilberte Proteau s'est consacrée encore de façon aussi entière à la tâche (c'est d'ailleurs la seule façon qu'elle a de faire les choses), durant cette année là, elle a été épargnée du genre d'épreuve dont elle avait été frappée à peine quelques jours après son accession à la présidence quatre ans plus tôt.
Durant cette troisième année à la présidence de Gilberte Proteau, les dossiers «réguliers» de la SFM ont tous reçu l'attention méticuleuse que Madame Proteau accorde et qu'elle exige que l'on accorde. En outre, et dépassant vraiment l'ordinaire, il convient de souligner l'important boulot qui s'est fait durant cette année-là en vue de l'obtention du financement et des autres préparatifs à la construction de la Maison franco-manitobaine. Les rencontres régionales au nombre de dix-sept effectuées dans diverses localités franco-manitobaines de concert avec les autres organismes franco-manitobains méritent également d'être soulignées.
Somme toute, en dépit du souvenir indélébile de la controverse générée à son endroit par la décision de la SFM de se ranger du côté du «oui» au référendum québécois de 1980, Gilberte Proteau s'est taillée la réputation bien méritée d'une personne, parfois un peu trop spontanée pour son propre bien, mais combien engagée, combien dévouée à la cause et à ses compatriotes franco-manitobaines et franco-manitobains.
LÉO ROBERT - mars 1982 à mars 1984
De toutes les présidentes et de tous les présidents qui sont passés à la barre de la Société franco-manitobaine depuis ses débuts, c'est sans doute Léo Robert qui aura été le plus connu, le plus visible pendant son mandat; c'est de lui dont on se souviendra le plus. C'est probablement aussi celui qui aura conquis le cœur du plus grand nombre de Franco-manitobains et de Franco-manitobaines à sa cause, à notre cause. Pourquoi le souvenir de Léo Robert restera-t-il aussi clairement gravé dans la mémoire collective? Plusieurs facteurs auront contribué à cet état de fait; certains d'ordre personnel, d'autres d'ordre circonstanciel. Côté personnel d'abord, Léo Robert est une personne qu'on n'oublie pas, d'abord à cause de son apparence physique imposante; mais aussi et surtout parce qu'il est si attachant. Son sourire moqueur, son rire contagieux, son attention aux personnes, son intégrité et son honnêteté transparentes ont tôt fait de transformer ses nouvelles connaissances en amis. Côté circonstanciel ensuite. C'est Léo Robert qui présidait la SFM lorsque nous avons vécu la crise constitutionnelle de 1983 et tout ce que cela a entraîné, y compris l'incendie des bureaux de la SFM.
Ces questions feront surface à nouveau plus loin dans le présent récit. Il faut tout de même repasser un peu les aspects moins séduisants mais combien importants des dossiers plus «réguliers» de la SFM durant le mandat de Léo Robert à la présidence.
Dans le secteur dit de planification et de recherche, bien sûr, les contacts avec les politiciens des niveaux fédéral, provincial et municipal (Winnipeg et diverses autres municipalités) se sont multipliés. Du côté de la question constitutionnelle, même si celle-ci nécessitait des interventions au-delà de l'ordinaire, il fallait aussi faire les démarches plus ordinaires de sensibilisation et de communication de base qui s'imposaient. En éducation, comme elle l'était avant son mandat et comme elle l'est demeurée après son départ de la SFM, la question de la gestion scolaire a aussi préoccupé et occupé l'équipe de Léo Robert, toujours de concert avec les organismes à vocation éducative. La représentativité régionale à la SFM a aussi beaucoup retenu l'attention durant le mandat de Léo Robert. Des rencontres publiques en régions et une étude sur cette question ont eu lieu; cette action a d'ailleurs débouché sur une série d'amendements correctifs aux règlements généraux de la SFM qui ont été adoptés à l'assemblée annuelle de 1983. Une attention particulière fut également accordée à la concertation avec les autres organismes ainsi qu'à la question de la nomination des membres désignés par la SFM à des conseils externes.
Dans le secteur du développement économique, I'activité dans les dossiers préalablement initiés a été poursuivie et intensifiée; plus particulièrement dans les domaines du développement industriel et touristique et dans la formation et l'information économique.
Le développement communautaire a également poursuivi son bonhomme de chemin. Des agentes et des agents plus nombreux ont pu cibler plus de communautés et de groupes dans le but d'encourager et de promouvoir des initiatives d'organisation et de participation visant le développement global.
Mais au-delà de tous ces dossiers plus «réguliers» de la SFM et à travers de ceux-ci aussi, tel qu'indiqué plus haut, le mandat de Léo Robert a été fertile en rebondissements que l'on pourrait qualifier de plus inattendus et de plus spectaculaires aussi.
La question qui saute aux yeux à cet égard est celle, bien sûr, de l'entente constitutionnelle que l'on a jamais eue parce que l'opposition conservatrice a eu recours au grand moyen de «faire sonner les cloches» au Palais législatif pour faire plier l'échine du gouvernement néo-démocrate. En effet, le gouvernement Pawley était prêt à conclure une entente raisonnable de toutes parts selon laquelle davantage de services utiles auraient pu être offerts à la population; en échange, la SFM, au nom de la population franco-manitobaine, aurait volontiers troqué l'obligation de traduire des lois obscures et peu susceptibles de n'être jamais utilisées. Tout le travail déployé par Léo Robert et ses collaborateurs et collaboratrices dans cette négociation qui s'est terminée en queue de poisson, cela a dû être terriblement démoralisant!
En marge de toutes ces démarches délicates et difficiles avec les autorités provinciales et fédérales, la SFM n'était pas exempte de tracas au sein même de la communauté franco-manitobaine, et notamment surtout avec quelques-uns des autres organismes de la communauté. Quand Léo Robert a accédé à la présidence de la SFM, celle-ci était pratiquement à couteaux tirés avec Francofonds. Ce n'était pas beaucoup mieux avec Presse-Ouest d'ailleurs et les relations n'étaient pas non plus des plus cordiales ni avec le Festival du Voyageur, ni avec la Fédération des comités de parents du Manitoba, ni avec le Conseil jeunesse provincial. Au terme du mandat de Léo Robert, toutes ces situations tendues s'étaient considérablement placées au point où il était devenu possible d'entretenir des échanges cordiaux et de se concerter en une direction commune. Quiconque connaît la nature délicate et potentiellement explosive qui existait à l'époque dans les relations entre ces organismes reconnaîtra que ce fut un défi de taille que celui de normaliser les relations comme Léo Robert a su le faire.
Dans la même veine, on pourrait créditer le président natif d'Aubigny et son équipe d'avoir exercé une action qui a permis aux régions rurales et aux régions éloignées de se sentir davantage comme faisant partie intégrante au même titre que les «gens de la ville» de l'organisme porte-parole des Franco-manitobains et des Franco-manitobaines. Les efforts d'assurer une meilleure représentativité à la SFM et les rencontres en milieu rural ont porté fruit.
Toujours dans le domaine des rapprochements ou des alliances, il faut noter, sous la présidence de Léo Robert, les relations établies avec Alliance Québec et comment ces relations ont pu être si avantageuses pour la communauté franco-manitobaine à un moment particulièrement propice. Peu de personnes à la présidence de la SFM auraient pu «conclure» une telle entente et «s'en tirer» auprès de la communauté franco-manitobaine assez longtemps pour permettre de faire la preuve qu'il s'agissait effectivement d'une entente profitable. Et profitable elle l'était, puisque c'est par son truchement que des anglo-québécois sont venus faire des présentations à leurs compatriotes unilingues anglophones du Manitoba pour expliquer et défendre la légitimité de nos revendications.
Enfin, on ne saurait conclure sur le mandat de Léo Robert à la présidence de la SFM sans évoquer l'événement que lui-même a qualifié de «dessert» parmi les diverses réalisations de son mandat.
Il s'agit bien sûr du «happening» à très haute charge émotive que la communauté franco-manitobaine a vécu par l'entremise de la comparution triomphale et chaleureusement acclamée de son héros de l'heure, le président de la SFM, Léo Robert, aux audiences publiques du 27 septembre 1983 à Sainte-Anne-des-Chênes. Si Léo Robert considère cet événement comme la réalisation la plus importante de son mandat et qu'il devient encore «émotionnel» quand il en parle dix ans plus tard, c'est parce qu'il avait vraiment senti, à ce moment-là, que «toute la communauté franco-manitobaine d'un bout à l'autre de la province était en arrière de nous, nous appuyait, et était d'accord avec ce qu'on essayait de faire». Il s'agissait probablement, en effet, de la manifestation de patriotisme canadien-français la plus intense et la plus cohésive du peuple franco-manitobain de mémoire.
Enfin, toute l'action qui a gravité autour de la crise constitutionnelle y compris le débat dans le cadre du plébiscite à Winnipeg et dans d'autres municipalités, y compris l'événement à Sainte-Anne et toutes les autres péripéties de cette incroyable saga ont mérité à la SFM et à la communauté franco-manitobaine de se faire connaître et de se faire respecter au sein même de la province et d'un bout à l'autre du pays et non seulement auprès des autres groupes minoritaires mais bel et bien aussi auprès de la communauté majoritaire. Puisque c'est Léo Robert qui était le président de notre organisme à l'époque, puisque c'est lui qui a projeté cette image si positive de façon si courageuse et si consistante, la communauté lui doit une fière dette de reconnaissance.
RÉAL SABOURIN - mars 1985 à mars 1987
Le premier événement marquant du mandat de Réal Sabourin fut, sans conteste, notre victoire devant la Cour suprême du Canada, le 13 juin 1985. Le plus haut tribunal du pays y confirmait le caractère officiel du français et de l'anglais au Manitoba. Le rapport annuel de 1985-1986, le premier rapport annuel de la Société franco-manitobaine jamais publié, en fait état avec éclat et optimisme. Dans son Mot du président, Réal Sabourin parle du «goût de crier sur tous les toits une bonne nouvelle»; plus loin, il indique que nous pouvons désormais afficher «la sérénité d'une collectivité ouverte sur l'avenir».
Suivant l'ordonnance de la cour émise en novembre 1985, la SFM s'est mise à l'œuvre pour tenter d'exploiter le plus possible la nouvelle conjoncture. Ainsi, la politique gouvernementale sur les services en français annoncée par le Premier ministre Howard Pawley lors de l'assemblée annuelle de 1982 se devait d'être réanimée. Celle-ci avait été mise en veilleuse dans l'attente d'une décision de la Cour suprême sur l'affaire Bilodeau et le renvoi fédéral. La SFM obtient un engagement du gouvernement à inventorier les services en français dans ses divers ministères en vue de la publication d'un répertoire. On obtient également qu'un comité soit mis sur pied pour «prioriser les besoins de services en français et pour recommander une stratégie d'implantation dans chacun des ministères». Grâce au travail courageux et engagé des membres de ce comité, des gains fort appréciables n'ont pas tardé à en découler.
Des revendications vigoureuses sont également faites du côté de la ville de Winnipeg pour que des correctifs soient apportés en matière de services en français à Saint-Boniface et à Saint-Vital, services qui avaient subi une «dégradation continuelle» depuis l'amalgamation. On réclame aussi l'inclusion de Saint-Norbert comme région désignée bilingue.
Du côté scolaire, la revendication pour la gestion scolaire se poursuit, en collaboration avec les autres organismes en éducation, sous le parapluie du Comité directeur des structures scolaires. On y abat un important montant de travail pour en arriver à s'entendre notamment de recommander un amendement à la loi scolaire qui permettrait le regroupement des écoles, mais ne l'imposerait pas.
Par ailleurs, en éducation toujours, un important pas de plus est franchi avec l'endossement, tant attendu, par le ministère de l'Éducation de la définition de l'école franco-manitobaine. Ce nouveau statut de l'école franco-manitobaine rendra possible la désignation d'un réseau d'écoles et leur regroupement.
Durant le mandat de Réal Sabourin à la présidence, la SFM s'intéresse activement aussi au secteur économique. Cet intérêt prendra tantôt la forme de forums publics d'exploration de possibilités de développement économique, tantôt la collaboration avec les organismes à vocation économique pour les appuyer dans leurs initiatives ou pour acheminer leurs revendications auprès des gouvernements.
Dans le secteur des communications, on assiste à la mise sur pied d'un organisme qui s'occupera de valoriser l'industrie francophone de l'audiovisuel; il s'agit de la Société des communications du Manitoba. La SFM s'occupe également de faire valoir le besoin de production locale intensifiée tant à Radio-Canada qu'à l'Office national du film.
Enfin, durant le mandat de Réal Sabourin à la présidence de la SFM, il est beaucoup question d'États généraux. Les préparatifs et lignes directrices sont mises en place, mais le mandat du natif de Saint-Jean-Baptiste prendra fin avant que n'aient lieu les États généraux.
LUCILLE BLANCHETTE - mars 1987 à novembre 1988
L'année 1987-1988 fut une longue année (mars 1987 à novembre 1988) ponctuée de deux assemblées annuelles. Dans le rapport préparé pour la réunion de novembre, Lucille Blanchette y souligne le 20e anniversaire d'existence de la SFM en concluant son message avec un espèce de clin d'œil exprimé d'un ton cavalièrement typique de cet âge en affirmant : «N'est-il pas vrai de dire qu'à 20 ans, il n'y a rien à notre épreuve !»
Et la SFM ne s'était pas permise d'accéder à l'âge mûr de ses 20 ans sans s'imposer un rigoureux rite de passage: les ÉTATS GÉNÉRAUX! Ces ÉTATS GÉNÉRAUX tant promis par Réal Sabourin, c'est en effet sous le règne d'un an et trois quarts de Lucille Blanchette que la population franco-manitobaine les connaîtra finalement. Quel déploiement! Quelle énergie mobilisée!
Le mandat de Lucille Blanchette à la présidence de la SFM aura donc été d'abord celui des ÉTATS GÉNÉRAUX; c'est à ce titre principalement qu'il passera à la postérité. Et ce n'est pas peu dire!
Mais tout en montant cet impressionnant projet et en y assurant un suivi, la SFM a quand même continué à vaquer à ses autres préoccupations que l'on pourrait regrouper en deux rubriques majeures: la démarche politique et la concertation communautaire.
Dans le secteur politique, la SFM tente d'élargir le cadre des lois existantes et elle participe à inciter l'adoption de nouveaux projets de loi favorables. Elle s'implique aussi à demander une interprétation juridique visant à consolider les droits linguistiques de la collectivité francophone. Concrètement parlant, la SFM a fait connaître ses attentes et ses préoccupations en présentant deux mémoires à Ottawa, l'un au Comité mixte du sénat et de la Chambre des communes sur les langues officielles; la SFM était le seul organisme provincial à avoir été reçu en audience. L'autre au Comité mixte du sénat et de la Chambre des communes sur l'Entente du Lac Meech; la SFM avait d'abord été informée qu'elle ne serait pas admise à présenter un mémoire; par après elle y fut conviée. Par ailleurs, la SFM s'est fait entendre à la Cour d'appel du Manitoba, par l'entremise du réputé constitutionnaliste Michel Bastarache sur l'article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés dans la question de la gestion scolaire. Toujours dans le domaine de la gestion scolaire, la SFM a piloté, à divers niveaux stratégiques, le modèle d'une commission scolaire homogène développé par un sous-comité d'experts pour le compte du Comité directeur des structures scolaires.
Dans le vaste secteur des démarches politiques, la SFM a aussi participé en collaboration avec les autres membres de la Fédération des francophones hors Québec, pour obtenir des révisions avantageuses à la Loi sur les langues officielles. En outre, elle a dû s'impliquer dans les élections provinciales. La SFM a aussi débuté, durant la présidence de Lucille Blanchette, les démarches devant mener à une ultime conclusion d'ententes Canada/Manitoba et Canada/Communauté franco-manitobaine. Enfin, toujours dans le secteur politique, la SFM a dû pousser aussi le dossier des services en français, elle a dû se faire entendre auprès de la commission responsable de la refonte de la carte électorale, elle a appuyé les efforts du comité des élus municipaux francophones en vue de la mise en place de services bilingues dans les municipalités, et elle a eu des représentations à faire dans le secteur des communications, notamment en vue d'obtenir TV5. Ce succès n'est cependant pas venu sans peine; des efforts inouïs ont dû y être déployés.
Au niveau du développement communautaire, la SFM ne s'est pas tournée les pouces non plus durant la présidence de Lucille Blanchette. Un suivi s'imposait à la grande consultation de la collectivité qu'avaient été les États généraux; un dépouillement des résultats des audiences publiques et du congrès a d'abord été réalisé ainsi, par la suite, qu'une analyse de ces résultats. L'analyse a dirigé l'action dans le sens de rencontres sectorielles, lesquelles ont débuté d'abord dans le secteur culturel. Les États généraux avaient également soulevé la question de la représentativité au sein même de la structure de la SFM; des travaux dans ce sens n'ont pas tardé à démarrer. En outre, l'éternelle question de Presse Ouest Ltée faisait des siennes à ce moment-là encore; une étude sur la question fut commandée de manière à éclairer le processus de délibération et de décision qui s'imposerait sur cette importante question. Enfin, divers types d'aide et d'appui à divers organismes franco-manitobains ont été pourvus directement par la SFM ou d'autres sources, notamment du Secrétariat aux affaires intergouvernementales canadiennes du Québec par l'entreprise de la SFM.
En somme, on retiendra surtout de l'année et trois-quarts de la présidence de Lucille Blanchette à la SFM, que se fut la période des États généraux. On retiendra que ce fut une espèce de défoulement collectif d'une multitude de Franco-manitobaines et de Franco-manitobains qui s'étaient rendu compte et qui exprimaient leur désolation face à un constat d'effritement de la dimension francophone de leur existence. Par ailleurs, cet événement si évocateur d'horreur avait-il été, l'envers de la médaille s'était aussi laissé entrevoir: il restait une masse importante de Franco-manitobaines et de Franco-manitobains suffisamment forts et suffisamment convaincus pour dénoncer leur sort peu enviable et pour proposer des mesures de redressement.
DENIS CLÉMENT - novembre 1988 à novembre 1989
Suivant immédiatement l'effort majeur des États généraux, l'équipe de la SFM sous la présidence de Denis Clément a dû se donner «un temps de réflexion, d'écoute et d'ouverture aux changements» que lui avait proposé la communauté.
La réalisation la plus significative de ce mandat aura probablement été celle de la restructuration de l'organisme; celle-ci découlant de précisions apportées à la mission et aux rôles de la SFM. Le mandat adopté à la fondation en 1968 ou plus précisément au Congrès Rallye de décembre 1969 où les membres avaient adopté les Règlements généraux du nouvel organisme était resté intact depuis ce temps. Sa forme était la suivante:
«La Société a pour but de promouvoir l'épanouissement et le développement des valeurs économiques, politiques, culturelles et éducationnelles de la population d'expression française au Manitoba».
Or, les vents nouveaux des États généraux de 1987-1988 avaient réclamé des changements structurels pour remédier aux problèmes de représentativité. Ce problème méritait donc un examen en profondeur de notre organisme. C'est ainsi qu'un comité d'individus hautement respectés dans la communauté (Raymond Bisson, Christian Delaquis, André Fréchette, Lucille Roch et Lynne Toupin) entreprit la besogne. Le fruit de leur labeur fut présenté à une assemblée spéciale du 10 juin 1989; leurs recommandations furent essentiellement entérinées en bloc. Ainsi, le nouveau mandat suivant fut adopté par l'assemblée:
«La SFM, de concert avec l'ensemble de la collectivité franco-manitobaine et les organismes franco-manitobains, protège les intérêts de la francophonie, facilite l'épanouissement de la vie française et fait la promotion du français au Manitoba».
L'assemblée acceptait aussi la proposition du groupe de travail quant aux cinq rôles particuliers de la SFM:
«- Rôle de porte-parole...
- Rôle de revendicateur...
- Rôle de facilitateur de concertation...
- Rôle de promoteur des services en français...
- Rôle de leadership...».
De plus, un changement significatif est apporté à la structure même de l'exécutif; les 1er et 2e vice-présidents sont remplacés par trois (3) vice-présidents chargés de diriger respectivement un Comité de revendications politiques, un Comité de facilitation de la concertation et un Comité de la promotion des services en français.
Si la restructuration de l'organisme sera retenue comme la réalisation majeure de la SFM sous la présidence de Denis Clément, elle n'est évidemment pas la seule activité qui s'est déroulée en 1988-1989. En effet, c'était l'époque Meech avec tout ce que cela a forcément entraîné au niveau de l'information à diffuser, de consultations à entretenir et du mémoire à préparer et à présenter. De nombreuses rencontres ont eu lieu également avec les politiciens du niveau fédéral et du niveau provincial. Au niveau municipal, la SFM collabora activement aux travaux des intervenants qui instituèrent l'Association des municipalités bilingues du Manitoba.
Les démarches entamées sous le règne de Lucille Blanchette en vue de conclure la fameuse Entente Canada-communauté franco-manitobaine ont été poursuivies de façon vigoureuse et systématique durant l'année que Denis Clément présidait la SFM. Ainsi, un imposant Comité de planification provincial auquel siégeait le président lui-même fut mobilisé aux fins d'assurer la préparation d'une proposition d'entente au Secrétariat d'État du Canada. D'innombrables réunions ainsi qu'un processus élaboré de consultations tant auprès des communautés rurales et urbaines qu'auprès des secteurs fut mis à exécution de manière à ce que la proposition au SEC soit des plus irréprochables. Des rencontres avec les hauts fonctionnaires du SEC ont également eu lieu. En fin de compte, la conjoncture politique n'était simplement pas favorable à la conclusion d'une entente...
Vis-à-vis des divers secteurs de vie française au Manitoba, sous la présidence de Denis Clément, la SFM poursuit ses contacts avec les divers organismes de manière à permettre le développement de stratégies communes. On se rend bien compte que la collaboration, essentielle à l'épanouissement de la collectivité franco-manitobaine, facilite l'élaboration d'un plan global dans ce sens.
RAYMOND BISSON - novembre 1989 à novembre 1991
Avec l'arrivée de Raymond Bisson à la présidence et la restructuration qui s'ancre solidement, la SFM semble prendre un nouveau souffle, une nouvelle ardeur, un nouveau dynamisme. La Société franco-manitobaine fait sentir sa présence très positivement tant au sein de la Fédération des francophones hors Québec qu'auprès des gouvernements canadiens, québécois et manitobain. La présence active et appréciée de la SFM dans ces diverses arènes reçoit une abondante attention des médias qui cultivent eux aussi l'image de telle sorte qu'il devient agréable et valorisant pour les Franco-manitobains et les Franco-manitobaines de s'identifier à cette image et de s'y associer.
Au niveau des revendications politiques, la SFM poursuit son travail collaborateur au sein du Comité directeur des structures scolaires. À la demande du Comité directeur des structures scolaires (CDSS), le président, Raymond Bisson, rencontre, avec le président de la Fédération provinciale des comités de parents, Jacques Gagnon, le Premier ministre Gary Filmon afin de faire démarrer les pourparlers relatifs à la gestion scolaire.
La SFM multiplie ses contacts auprès des trois niveaux de gouvernement pour les inciter à offrir chacun davantage au niveau de la prestation des services en français. Au fédéral, les choses étant plus avancées, on tente d'élargir avantageusement l'extension de «l'offre active». Au provincial, il s'agit de revenir à la charge directement et via le comité consultatif provincial pour raffermir les engagements des divers ministères et assurer la compétence bilingue des coordonnateurs des services en français ainsi qu'introduire, en termes réels, le concept de l'offre active. Au plan municipal, l'activité s'exerce sur deux axes. D'abord, auprès de la ville et de la province, il y a des représentations à faire pour faire respecter la Partie III de la Loi sur la Ville de Winnipeg et pour tenter d'apporter des améliorations à cette loi. Par ailleurs, la jeune Association des municipalités bilingues continue de bénéficier d'appui technique et de services de secrétariat de la SFM.
Un exemple concret d'action dans le domaine de la revendication politique mérite d'être signalé; il s'agit du dossier portant sur les décrets de la province du Manitoba dont le Conseil d'administration élu suite à la restructuration se saisit dès janvier 1990. Le CA mandate son président pour rencontrer le Premier ministre afin de tirer cette question au clair. La province ne veut pas démordre de sa position mais les négociations entre le Premier ministre Filmon et le président Bisson se soldent par une entente rarement vue dans des confrontations de ce genre. La province et la SFM s'entendent pour référer conjointement cette question à la Cour suprême du Canada. Ce geste témoignait de la nouvelle façon avec laquelle la SFM traiterait les dossiers litigieux: la confrontation serait désamorcée en faveur de façons imaginatives d'arbitrer les conflits.
À lui seul, le dossier constitutionnel a évidemment consommé un impressionnant montant d'énergie. Les préparatifs au fatidique accord du Lac Meech ont exigé beaucoup mais la recherche de solutions de rechange après son échec a été encore plus accaparante. La SFM s'est présentée à toutes les tribunes qui lui étaient offertes: la Commission Spicer, la Commission Fox-Decent et la Commission Beaudoin-Edwards, sans oublier la Commission québécoise Bélanger / Campeau. C'était évidemment plutôt délicat de se présenter à cette dernière, mais une fois de plus, le président de la SFM, Raymond Bisson, s'en est tiré avec brio. Sans diluer le message qui se devait d'être fait au Québec, le natif de Dunrea l'a fait avec fermeté mais avec délicatesse et courtoisie aussi, de sorte que la SFM est sortie de l'exercice ayant gagné le respect d'un grand nombre. Dans le domaine de la revendication des services en français, la SFM a poursuivi un vigoureux lobby tant au niveau fédéral qu'au niveau provincial, y inclus auprès des sociétés de la Couronne ainsi, en effet, qu'au niveau de la Ville de Winnipeg. Les résultats positifs que l'on a pu récolter de ces démarches n'ont certes pas été proportionnels aux énergies investies; toutefois, on a pu constater une certaine augmentation dans le nombre des services en français offerts au public ainsi que dans la promotion de ces services. Ces progrès ont été particulièrement observables au niveau de la province et de la ville, c'est-à-dire aux deux niveaux qui étaient particulièrement souffrants.
Lors des élections provinciales, la SFM s'est impliquée en interrogeant les trois chefs puis en faisant connaître leurs positions à l'égard du français.
Toujours dans le secteur politique, la SFM a continué à collaborer dans le dossier de la gestion scolaire. Cette collaboration s'est déployée particulièrement au niveau de la planification et de l'exécution d'une importante campagne de sensibilisation auprès des parents francophones du Manitoba. Le président lui-même et d'autres représentants et représentantes de la SFM ont également participé aux discussions avec les hautes autorités provinciales suivant le jugement de la Cour Suprême dans le cas Mahé ainsi qu'au sein du Groupe de travail présidé par monsieur Edgar Gallant.
Dans le champ de la concertation, sous la présidence de Raymond Bisson, la SFM s'est réellement souciée de rapprochement avec les autres organismes, notamment dans les secteurs de la culture, du patrimoine, de l'éducation, de l'économie, de la santé et des paroisses. En outre, la SFM a fourni un appui précieux à quelques organismes: l'Association des cadres et des professionnels et des professionnelles et la Fédération des aînés franco-manitobains. Par ailleurs, le président Raymond Bisson et la directrice générale Cécile Bérard, accompagnés de trois jeunes d'âges différents ont fait une présentation originale qui a été remarquée et appréciée à la Commission nationale d'étude sur l'assimilation - le projet Vision d'avenir de la Fédération des jeunes canadiens-français.
Sous l'égide du Comité de la promotion des services en français, diverses initiatives ont été conçues ou développées. Que l'on pense au Réseau des personnes contacts qui s'est agrandi ou au Centre d'information «233-ALLÔ» qui s'est investi à pieds joints dans le Festival du Voyageur ou aux trousses pour les nouveaux arrivants, ou au calendrier d'activités, ou à l'Annuaire des services en français ou encore au bulletin d'information «SFM Info»; ce sont autant de manifestations visibles et tangibles de services en français qui correspondent à de véritables besoins et qui sont vraiment très disponibles, à portée de la main.
Une autre grosse besogne bien entamée sous l'administration de Denis Clément, mais que les circonstances ont voulu qu'elle atteigne sa vitesse de croisière durant la présidence de Raymond Bisson, est celle des initiatives déployées en vue d 'obtenir une Entente Canada-Communauté. Bien que cet ambitieux projet pourtant prometteur n'ait pas encore abouti en dépit de l'énorme investissement de temps et d'énergie qui y a été englouti, toutes ces démarches n'ont pas été vaines. Les diverses rondes de consultation en région ainsi que les multiples rencontres générales et sectorielles ont quand même servi à identifier beaucoup plus clairement les priorités de la population franco-manitobaine ainsi qu'à rapprocher les divers groupes communautaires et sectoriels de façon étonnante.
Enfin, une dernière initiative fort intéressante dirigée par Raymond Bisson durant sa présidence qui mérite une mention spéciale est celle de la Tournée au Québec intitulée «Sept plaines journées». Appuyé de représentants et de représentantes de la communauté franco-manitobaine de tous les âges et de divers backgrounds, Raymond Bisson a dirigé une délégation au Québec qui visait d'abord à piquer l'intérêt des Québécois et des Québécoises pour le Manitoba français et à modifier leur perception des francophones de chez nous. La délégation désirait également créer des liens et établir des partenariats particulièrement dans les domaines de l'économie, de l'agriculture et de la santé. Il est difficile d'évaluer les retombées d'une telle initiative, mais tout porte à croire que l'expédition a semé habilement et que la récolte, sans être abondante dans l'immédiat, pourrait rapporter des fruits à plus longue haleine.
Somme toute, la présidence de Raymond Bisson, survenue en même temps que la restructuration de l'organisme (à laquelle il avait lui-même participé très activement) en a été une fertile en événements et en initiatives de tous genres. Ce fut une présidence également où la visibilité de l'organisme, et par ricochet, de la communauté toute entière s'est considérablement accrue. Sans exagérer, on peut certainement affirmer que la présidence de Raymond Bisson a propulsé la SFM sur un nouvel élan. Lui-même d'ailleurs, en quittant le siège de président à la SFM s'est vu propulsé dans le siège de l'organisme national des francophones minoritaires, la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada.
GEORGES DRUWÉ - novembre 1991 à novembre 1993
Si les souliers de Raymond Bisson étaient grands à remplir, à certains égards du moins, on ne pouvait certainement pas trouver mieux que Georges Druwé. En effet, ce bon et doux géant assuma la présidence de notre organisme qui a poursuivi son élan sans même changer de vitesse.
Georges Druwé aura piloté la SFM à travers les eaux constitutionnelles houleuses du dit Accord de Charlottetown et de l'ardu processus qui a précédé le malheureux dénouement du rejet de cette entente au référendum pan-canadien d'octobre 1992. Si cet échec a pu comporter un côté bien sombre, il faut toutefois reconnaître que ce fut quand même, pour la SFM, une autre occasion de redorer son blason. En effet, dans l'ensemble des discussions sur la fameuse question constitutionnelle, la SFM avec ses institutions sœurs de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA) en sont ressorties gagnantes puisqu'elles avaient réussi à se faire entendre, en dépit des adversités conjoncturelles, et à projeter une image de fermeté et de sobriété.
Dans l'autre grand dossier qui était une épine bien douloureuse dans le pied de la francophonie manitobaine depuis fort longtemps, celui de la gestion scolaire, c'est durant le mandat de Georges Druwé que ça débouche finalement. D'abord, l'effort concerté dirigé par la Fédération provinciale des comités de parents et appuyé par la SFM avait porté le dossier devant la Cour suprême du Canada à nouveau en décembre 1992. Le jugement qui forcera finalement le gouvernement Filmon a plié l'échine ne tarde pas à sortir; en effet c'est le 4 mars 1993 que le plus haut tribunal du pays réitère les grandes lignes de son jugement de 1990 dans l'affaire Mahé et somme les autorités provinciales à respecter l'article 23 «sans retard». La province adopte son projet de loi 34 en 1993.
Le groupe de mise en oeuvre présidé par l'ancien juge en chef du Manitoba, monsieur Alfred Monnin, se lance en action avant même que la loi ne soit adoptée. Bien que le résultat final de cette entreprise ne soit pas encore connu au moment où ces lignes sont écrites, un optimisme prudent permet d'espérer que la gestion scolaire partira d'un bon pied.
Si le mandat de Georges Druwé à la barre de la SFM restera peut-être associé à l'obtention de la gestion scolaire, il ne faudrait pas passer sous silence les autres initiatives majeures poursuivies vigoureusement par l'équipe de Georges Druwé. Pensons ici à la remise sur pied d'un réseau d'agents et d'agentes. Pensons aux tables de concertation régionales et sectorielles. Pensons au travail gigantesque du comité conjoint avec la Ville de Winnipeg pour la mise en place de la Loi sur la Ville de Winnipeg. Pensons aux interventions importantes pour l'obtention de meilleurs services dans le domaine de la santé, et notamment au rapprochement à cet égard avec l'Hôpital général Saint-Boniface, etc. Un autre domaine d'intervention de la SFM durant le mandat de Georges Druwé mérite une mention bien spéciale. L'assemblée générale de 1990 avait traité du dossier paroisse et la SFM avait hérité d'un mandat dans ce domaine. L'équipe de la SFM s'en est occupée, les autorités diocésaines collaborent et un progrès certain sera sans doute rapporté à la prochaine assemblée annuelle.
Enfin, ce qui aura probablement surtout marqué le mandat de Georges Druwé, et ce n'est pas le fruit du hasard, c'est un heureux rapprochement qui s'est opéré entre l'organisme qu'est la SFM et la communauté qui est sa raison d'être. Étant l'humaniste indéfectible qu'il est, Georges Druwé n'a pu faire autrement que de marquer la SFM de son empreinte d'ouverture, d'accueil, de dialogue, de disponibilité.
PATRICIA COURCELLES - octobre 1993 à octobre 1997
Ayant grandi dans le village de Saint-Malo, au sud du Manitoba, Patricia Courcelles a été impliquée avec la Société franco-manitobaine (SFM) de 1989 jusqu'à 1997. L'implication de Patricia Courcelles avec la SFM s'est effectué graduellement, premièrement à titre de conseillère, deuxièmement à titre de vice-présidente de la concertation et finalement à titre de présidente pour un mandat de cinq (5) ans.
Infirmière de profession, Patricia Courcelles travaille maintenant à titre de Coordinatrice de Recherche en Cardiologie au Centre des Sciences et de la Santé de Winnipeg. Engager au développement de la communauté francophone du Manitoba, Patricia Courcelles a mis son expertise pendant de nombreuses années au service d'organismes de la communauté, telsque la SFM et le Festival du Voyageur.
Au cours des années de Patricia Courcelles à la présidence de la SFM, certains dossiers ont fait couler beaucoup d'encre. Parmi ces dossiers, nous comptons plus particulièrement sur le dossier des nouvelles plaques d'immatriculations du Manitoba. La SFM exigeait du gouvernement provincial que les plaques soient bilingues, et ce, en inscrivant le mot « Bienvenue » au bas de la plaque. La SFM avait finalement eu le droit de produire un collant inscrit " Bienvenue " et les personnes désirant s'afficher pouvaient l'apposer sur leur plaque d'immatriculation. Parmi les autres dossiers importants, nous comptons sur la signature de la première Entente Canada-communauté pour la communauté francophone du Manitoba. La SFM avait d'ailleurs créé le Comité conjoint de l'Entente Canada-communauté qui avait comme mandat de distribuer les fonds provenant de l'Entente dans la communauté. C'était d'ailleurs la première fois qu'un tel comité était créé dans la communauté francophone du Manitoba avec un mandat de la sorte.
La SFM avait aussi effectué, à différentes reprises, des campagnes de sensibilisation à Ottawa auprès de ministères, de sénateurs et de hauts fonctionnaires fédéraux afin de les sensibiliser aux besoins de notre communauté et de l'importance de l'Entente Canada-communauté au développement et à l'épanouissement de notre communauté. Sous le règne de Patricia Courcelles, la SFM s'est aussi impliqué dans le domaine de la santé (services offerts en français aux francophones) ainsi que dans le domaine de l'éducation avec l'Entente Canada-Manitoba.
En terminant, Patricia Courcelles a su, lors de ces années à la présidence de la SFM, continuer et développer davantage le travail de ses prédécesseurs, soit de rallier la communauté francophone du Manitoba, et de promouvoir le travail collectif entre organismes et non pas le travail individuel.
MICHEL CHARTIER - octobre 1997 à octobre 2000
Originaire de Saint-Lazare au Manitoba, Michel Chartier est devenu, en octobre 1997, le plus jeune président de la Société franco-manitobaine (SFM). Diplômé en droit de l'Université de Moncton au Nouveau-Brunswick depuis 1990, Michel Chartier pratique maintenant le droit à Winnipeg au sein du cabinet Monk Goodwin.
C'est depuis un très jeune âge que Michel Chartier s'implique dans la communauté francophone de Manitoba, soit en occupant des emplois à l'intérieur d'organismes ou en offrant ses services bénévolement dans la communauté (Entreprises Saint-Boniface, le Conseil jeunesse provincial, le journal La Liberté, l'Association des juristes d'expression française du Manitoba et la Société franco-manitobaine). C'est à partir de 1991 que Michel Chartier accepte de siéger au conseil d'administration de la SFM, premièrement à titre de vice-président de l'organisme et ensuite à titre de président à compter de 1997. Au niveau national, Michel Chartier a siégé à titre de vice-président pour la région de l'Ouest et du Nord au sein de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada. Il a aussi été membre de divers groupes de travail, de la FCFA du Canada, de la Ville de Winnipeg et de la Province du Manitoba.
Pendant ses trois années à la présidence de la SFM, Michel Chartier a su rallier la communauté francophone du Manitoba afin que cette dernière travaille en plus étroite collaboration et se concerte davantage dans la réalisation de divers projets. Parmi les grandes réalisations, nous comptons la renégociation et la signature d'une deuxième Entente Canada-communauté, la réalisation du plan de développement global, les consultations régionales sur l'avenir du Réseau communautaire, l'établissement d'une meilleure communication entre la communauté francophone du Manitoba et les différents paliers de gouvernements (fédéral, provincial et municipal) et le développement et la conceptualisation de l'équipe manitobaine (rencontres de lobbying avec des ministères fédéraux et provinciaux).
En conclusion, nous pouvons assurément dire que pendant ses trois années à titre de président de la SFM, Michel Chartier a agit comme un catalyseur pour la communauté francophone du Manitoba. Michel a su rassembler les membres et les organismes de la communauté afin que ces derniers travaillent tous ensemble à l'atteinte d'un but commun. Ce but étant de développer et de promouvoir la communauté afin que cette dernière se développe à son plein potentiel.
MARIANNE RIVOALEN - octobre 2000 à octobre 2003
Native de Saint-Labre, Marianne Rivoalen a effectué ses études de droit à l'Université de Moncton au Nouveau-Brunswick. Durant ses années à la SFM, elle pratiquait le droit à Winnipeg, d’abord au sein du cabinet Aikins, MacAulay et Thorvaldson, puis au ministère de la Justice du Canada. Bien connue de la communauté, Marianne a notamment fait partie des conseils d’administration, du Centre Miriam, du Réseau action femmes et de la Caisse populaire de Saint-Boniface et a été présidente de Pluri-elles (Manitoba) Inc. et de l'Association des juristes d'expression française du Manitoba.
Avec l’arrivée de Marianne Rivoalen, les femmes et les jeunes se voient encourager à s’impliquer davantage dans le conseil d’administration de la SFM, plus traditionnellement composé de bâtisseurs chevronnés. Au nouveau visage du conseil d’administration s’ajoutent les résultats concrets de la nouvelle répartition des tâches entre le conseil d’administration et le personnel de la SFM, adoptée en 1997. Daniel Boucher étant passé de directeur général à président-directeur général, il assume désormais de nouvelles responsabilités, entre autres celle d’agir à titre de porte-parole politique auprès des médias, ce qui allège la charge de travail quotidienne de Marianne Rivoalen et lui permet d’effectuer, en filigrane, un important travail de réflexion sur l’avenir de la communauté. Ce partage inédit des responsabilités générera une cohésion impressionnante entre le conseil d’administration et le personnel de la SFM, dont s’inspireront les autres organismes et qui permettra de voir naître, dans une synergie et une concertation remarquables, une des plus importantes stratégies de l’histoire de la SFM.
Car si nombre d’événements, dont d’importants progrès dans le dossier de la santé, la nomination de Maria Chaput au sénat canadien et le rétablissement des panneaux bilingues arrêt/stop à Saint-Boniface, auront marqué les trois années pendant lesquelles Marianne Rivoalen exerçait ses fonctions de présidente, la naissance de la stratégie « Agrandir l’espace francophone » a tout simplement transfiguré la communauté francophone du Manitoba.
Le 29 septembre 2001, le consultant Ronald Bisson faisait part des résultats inquiétants d’une étude effectuée sur l’avenir démographique des Franco-Manitobains et invitait sérieusement la communauté francophone à « occuper un plus grand espace démographique, social, culturel et économique en insérant le projet francophone dans le projet social de la province dans son ensemble ». Cette stratégie, qui sera longtemps connue sous le nom de « toile de fond », sera adoptée à l’unanimité lors de l’assemblée générale de la SFM en octobre 2001 et orientera par la suite toutes les activités non seulement de la SFM, mais des autres organismes et de l’ensemble de la communauté francophone du Manitoba.
Le changement de direction était assez brusque. Il s’agissait de demander à une communauté dont la force de survie avait jusqu’alors été le coude à coude, la fierté des racines, le repli et l’obstination non seulement d’élargir sa conception de la francophonie, mais d’ouvrir ses rangs aux personnes non francophones. La communauté devait même aller vers ces nouveaux groupes -immigrants francophones, personnes bilingues, familles mixtes, étudiants des écoles d’immersion- identifiés dans le rapport de Ronald Bisson et les inciter à participer à la vie communautaire francophone.
Malgré certaines craintes exprimées par les Franco-Manitobains, l’idée fait rapidement son chemin. La SFM soutient encore aujourd’hui que l’épanouissement de la communauté francophone du Manitoba doit passer par l’élargissement de la collectivité, par une politique d’inclusion et d’ouverture, par de nouveaux rapprochements et alliances, par l’inclusion dans son projet de société de personnes provenant d’autres provinces, d’autres pays et d’autres communautés linguistiques.
Il s’agissait d’un défi de taille, mais les organismes et les membres de la communauté l’ont brillamment relevé. Il faut dire que la SFM, en 2002-2003, a consacré d’importants efforts à faire connaître et à promouvoir la fameuse « toile de fond » auprès de la communauté. La SFM a rencontré de nombreux groupes et organismes afin de leur présenter les grandes orientations de la stratégie Agrandir l’espace francophone, de les encourager à inclure ces orientations dans leurs plans d’activité respectifs et de leur donner des exemples concrets d’initiatives à mettre en œuvre.
Très innovatrice, la stratégie de la SFM a par ailleurs été citée deux fois en exemple par le ministre responsable des langues officielles, Stéphane Dion, lors de l’assemblée canadienne du Barreau en Ontario et de la 27e assemblée générale de la FCFA en 2002. Monsieur Dion s’est même inspiré de la vision communautaire de la SFM dans la préparation du Plan d’action pour les langues officielles qu’il a lancé à l’hiver 2003.
Enfin, parce qu’elle visait entre autres la clientèle des nouveaux arrivants francophones, la stratégie de la SFM a donné des résultats concrets dans le domaine de l’immigration, tels que la mise sur pied d’une structure d’accueil et d’intégration. Le Manitoba francophone a très rapidement été reconnu comme un chef de file national dans le domaine de l’inclusion proactive des immigrants.
En conclusion, Marianne Rivoalen se rappellera toujours l’émergence dans la communauté, grâce à la « toile de fond », de ces valeurs qui étaient et sont restées les siennes : le respect, la tolérance, l’ouverture et la modernité.
HENRI BISSON - octobre 2003 à octobre 2006
Originaire de la Saskatchewan, Henri Bisson a consacré 35 ans de vie professionnelle à l’enseignement dont 2 ans en Saskatchewan, 4 ans en Allemagne et 29 ans au Manitoba. Il a été directeur-suppléant pendant 12 ans, directeur-adjoint pendant 2 ans et directeur d’école pendant un peu plus de 9 ans. Il a enseigné presque tous les niveaux à partir de la 3eannée scolaire au secondaire, dans toutes les matières. Il a eu le privilège d’enseigner dans les systèmes privé, public en anglais, public en immersion et public dans les écoles françaises sans compter l’enseignement de la programmation provinciale de la Saskatchewan (toutes les matières en 3eet 6eannées), du Manitoba (toutes les matières 6e, 7e, 8eannées et secondaire), de l’Ontario en immersion (6e, 7eet 8eannées) et du Québec (4e, 6eannées et secondaires) ainsi que l’éducation aux adultes (anglais). Suite à l’enseignement, Henri s’occupe avec divers contrats dont celui de coordonnateur du Partenariat Éducation – Finance – Santé.
L’arrivée d’Henri Bisson à la présidence de la SFM est marquée par un changement de leadership sur la scène fédérale. L’élection de Paul Martin à la tête du Parti Libéral et par conséquent au poste de Premier ministre du Canada, ainsi que le remaniement ministériel qui s’ensuit contribuent au ralentissement de certains dossiers importants pour la communauté, dont le renouvellement des Ententes Canada-communauté. Cette année de transition n’est toutefois pas perdue, car elle permet à la SFM et la communauté de mettre à jour son Plan de développement global et d’adopter les nouvelles priorités quinquennales de la communauté (2004-2009).
La stratégie qui vise le renforcement et l’agrandissement de l’espace francophone au Manitoba continue de diriger les actions de l’organisme porte-parole. D’ailleurs nous y comptons, entre autres, la participation de la SFM dans la coordination de la conférence Le Français pour l’avenir, la campagne de sensibilisation Bien parmi nous ! et la mise sur pied de l’Accueil francophone.
Henri Bisson a participé à la délégation qui s’est rendu en Alsace dans le but d’établir de nouvelles relations culturelles et économiques avec la région du Bas-Rhin, et ce en collaboration avec le Conseil de développement économique des municipalités bilingues du Manitoba (CDEM) et la province du Manitoba. La Coalition francophone de la petite enfance au Manitoba a été mise sur pied et la SFM siège à son comité directeur. Le forum ConverGence, qui permet à la communauté et aux gouvernements provincial et fédéral à mieux travailler en partenariat, voit le jour. Côté communautaire, la SFM offre à la communauté un guide et des sessions d’information sur la gestion du risque ainsi qu’un regroupement de la majorité des organismes sous un même régime d’assurance et un plan de retraite pour permettre aux employés des organismes de la communauté de recevoir des services d’assurances-collectives adéquats.
En conclusion, il va sans dire que tisser des liens, collaborer et entretenir de bonnes relations de travail sont de mise pour Henri Bisson. C’est également sous la présidence d’Henri Bisson que germe le grand projet Changement 2008 qui encourage les relations synergiques au sein de la communauté.
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