Priorités communautaires

La Commémoration des tombes

Discours présenté le 16 novembre à la cérémonie de commémoration du décès de Louis Riel.

 Le 16 novembre 2016

 

Je ne suis pas Métis.

Des mots chargés. Une vérité parfois, mais aussi, avec le temps, la dénégation, la renonciation d’un peuple et de son identité.

Je ne suis pas Métis.

Des mots qui ont été utilisés par des francophones pour se désavouer de leurs confrères. Qui ont été utilisés, souvent, par le peuple Métis lui-même pour éviter la haine.

Et même, ces dernières décennies, quand les mots n’avaient plus d’intention ouvertement discriminatoire, des mots qui ont trop souvent été utilisés pour signaler un manque d’intérêt. Je ne suis pas Métis, donc je m’en lave les mains de « leurs » inquiétudes, leur trajet historique.

La vérité et la réconciliation commence avec la vérité pour une bonne raison : ce n’est pas en niant notre histoire qu’on se construit un avenir.

Nous, les francophones qui ne sommes pas Métis, avons trop souvent affirmé cela en ignorant le contexte de ces mots, ou, pire, en les comprenant pleinement. Nous avons célébré la moitié de la vision de Riel, celle d’une province francophone, tout en ignorant l’autre moitié, d’un pays pour les Métis. Nous, comme personnes, comme communauté, et oui, nous, la SFM, comme institution.

Voilà la vérité. Nous devons reconnaître comme francophones, comme organismes et institutions, nos responsabilités individuelles et collectives pour toutes les actions, les mots, les gestes, les attitudes et les positionnements qui ont contribué aux traumatismes et à la mise à l’écart vécus par les familles et les communautés métisses.

On commence avec la vérité, mais on ne s’arrête pas là. Aujourd’hui, il nous semble approprié qu’autour de ces tombes et cette cérémonie de commémoration, autour de la tombe de Louis Riel, au nom de la communauté francophone, nous vous demandions pardon. Nous demandons pardon aux ancêtres Métis, aux leaders, aux familles et aux communautés métisses. Nous continuerons à le faire car ceci n’est qu’un début dans le processus de réconciliation que nous nous devons d’entreprendre.

Nous cherchons une réconciliation non-seulement dans nos mots, mais dans nos gestes aussi. Au nom de la communauté francophone, la Société franco-manitobaine fait l’aveu de porter main-forte pour assurer la pleine guérison, l’épanouissement et le développement durable de la communauté franco-métisse au Manitoba. Nous reconnaissons également l’injustice et le manque de ressources qui ont empêché l’Union de pouvoir pleinement assurer son mandat de porte-parole officiel des métis francophones. Sachez que vous n’êtes pas seule et que nous vous appuierons dans l’obtention de vos droits. Sans les métis, sans vous, sans l’Union, nous ne serions pas qui nous sommes aujourd’hui comme communauté francophone, comme Manitobains et Canadiens.

Je ne suis pas Métis.

Mais si les mots ont souvent été utilisés pour nier notre passé, ils peuvent également nous aider à comprendre notre avenir.

Je ne suis pas Métis, mais je ne serais pas Franco-Manitobain, non plus, sans eux.

Je ne suis pas Métis mais je n’accepte plus d’ignorer le sort et les demandes de ce peuple.

Permettez-moi de reconnaître encore la signification et la contribution indéniables des Fidèles à Riel et de l’Union nationale métisse Saint-Joseph à la mosaïque manitobaine. Nous vous remercions comme communauté fondatrice, comme bâtisseur et partenaire de notre communauté élargie francophone, pour votre engagement et vos contributions dans tous les secteurs, et aussi pour vos nombreux efforts continus comme porteurs et passeurs d’histoire et de patrimoine métis du Manitoba. Marsi, meegwitch, merci.

Emmet Collins,
Vice-président du CA
Société franco-manitobaine